Protection de l'investisseur

L’éducation financière des épargnants : un challenge collectif

Créé le

12.10.2015

-

Mis à jour le

01.12.2015

Le projet d’UMC fait la part belle aux marchés financiers. L’épargnant particulier aura un rôle à y jouer, d’autant qu’un transfert de responsabilité s’opère entre le secteur public et la sphère privée pour les questions de retraite, de santé et d’éducation. Pourtant, les lacunes des investisseurs particuliers en termes d’éducation financière sont importantes.

L’Europe fait face à un paradoxe politique et réglementaire. Afin de servir durablement la croissance, l’emploi et la compétitivité, le projet d’Union des marchés de capitaux (CMU) vise à permettre le développement des marchés financiers et la réallocation du surplus d’épargne financière de court terme vers des investissements de long terme. Pourtant, en parallèle de cette initiative, la mise en place des nouvelles exigences réglementaires impose de délaisser implicitement les actifs au profil de risque plus élevé pour les investisseurs institutionnels (Solvabilité 2, CRD 4…) et particuliers (MIFID II, UCITS V, AIFMD…).

Les implications directes de ces réformes prudentielles sur le potentiel de croissance européen sont régulièrement mises en exergue. Cependant, l’impact négatif sur les particuliers n’est que trop rarement souligné. En raison des niveaux de dette atteints par les pays développés, de nombreux engagements financiers sont transférés du secteur public vers la sphère privée. Ce transfert de charges et de responsabilités vers les citoyens s’ajoute aux nombreux défis générationnels que sont ceux de la retraite, de la santé, des études…

Pour faire face à ces nouveaux défis, il est nécessaire de promouvoir l’épargne de long terme en sensibilisant les particuliers aux concepts financiers, à leurs engagements futurs et, par conséquent, aux solutions d’investissement associées.

La faiblesse méconnue des investisseurs particuliers en termes d’éducation financière

En dépit des principes de haut niveau en faveur de l’éducation financière suggérés par l’OCDE [1] – notamment à l’occasion du G20 de 2012 –, les États sont restés timorés, privilégiant la mise en place de contraintes accrues sur les distributeurs. Pourtant, la protection de l’investisseur final se fonde avant toute chose sur l’amélioration de sa compréhension des mécanismes économiques et financiers.

L’éducation favorise la maîtrise de concepts financiers élémentaires tels que l’inflation, les taux d’intérêt ou encore les bénéfices de la diversification. La compréhension de ces concepts favorise l’adaptation face aux différents événements financiers pouvant intervenir au cours des cycles économiques ou de l’existence. L’éducation permet également l’apprentissage des principes liés aux investissements financiers. La gestion optimale de son épargne requiert la construction d’un plan avec des échéances et la capacité à faire des choix entre les produits financiers proposés.

L’analyse de la maîtrise des principes élémentaires de ces deux piliers de l’éducation a fait l’objet de nombreuses études aux conclusions aussi surprenantes que méconnues. Lusardi et Mitchell (2011) [2] ont conduit plusieurs études à travers douze pays et parmi toutes les tranches de la population. Leurs analyses révèlent qu’une minorité de la population est en mesure de répondre correctement à trois questions financières élémentaires visant à tester les connaissances sur les taux, l’inflation et la diversification.

Les lacunes sur la compréhension des événements financiers sont largement répandues au sein des pays étudiés indépendamment de leur niveau de développement. La compréhension des mécanismes de l’inflation présente une certaine dichotomie liée à un biais important de l’expérience historique nationale. À titre d’exemple, les Allemands et les Néerlandais sont plus sensibles à ces mécanismes que les Japonais, touchés par une déflation prolongée. Si la connaissance des mécanismes financiers reste limitée, la compréhension des bénéfices de la diversification est méconnue, y compris dans les pays offrant les meilleurs résultats aux deux premières questions. La forte hausse des réponses « ne sais pas » illustre l’importance de conduire des travaux d’éducation sur les investissements.

Bassa Scheresberg (2013) [3] démontre qu’il existe un lien majeur entre éducation financière et préparation de la retraite. Si ses recherches démontrent les faiblesses globales de la population en termes d’éducation financière, elles mettent également en exergue la dégradation des résultats dans le temps. L’éducation financière présente des avantages, non seulement pour les placements financiers, mais également pour les démarches d’emprunts. La tranche de la population la moins éduquée est sujette à des difficultés de surendettement plus importantes et est moins encline au refinancement de prêts en période de taux baissiers.

Au regard de ces contraintes, il devient urgent d’agir.

Le retour des principes financiers et économiques élémentaires au sein des programmes scolaires

Pour améliorer l’éducation financière, la priorité porte sur la réinsertion des principes mathématiques financiers élémentaires au sein des programmes scolaires européens, et ce, dès l’école primaire. À la lecture des programmes scolaires élémentaires français de l’année 1880, on peut remarquer qu’il était enseigné les taux d’intérêt, les intérêts composés, le tout mis en pratique à travers des exercices d’application. Aujourd’hui, les programmes mathématiques n’intègrent aucune notion financière avant les études supérieures. À l’inverse, il est privilégié l’enseignement de la géométrie algébrique avancée à la mise en pratique professionnelle pourtant limitée.

Il est regrettable de constater la faiblesse de l’accent sur l’éducation financière au niveau scolaire. L’augmentation de la durée de vie, la faiblesse des retraites futures et la rotation des régimes tiers de prestations déterminées (defined benefit) vers les contributions déterminées (defined contribution) mettent pourtant les générations futures face à une responsabilité élevée en termes d’allocation de leur épargne.

L’industrie financière doit poursuivre son évolution en tant que conseiller

Les gérants d’actifs ainsi que les distributeurs doivent s’engager dans une démarche de conseil et de simplification de leur discours à destination des clients finaux. Les investisseurs, d’autant plus lorsqu’ils sont particuliers, doivent comprendre les caractéristiques et risques associés à leur allocation : « Ne jamais investir dans un produit que vous ne comprenez pas », conseillait Warren Buffett.

Démarche vers des conseils personnalisés, discours adapté à l’éducation du client, simplification de l’offre financière sont les trois caractéristiques clés du service proposé par les nouveaux distributeurs de solutions financières sous le nom de « robo-advisors ». En centrant leur discours sur l’éducation et la simplicité, ces nouveaux distributeurs transforment la relation clientèle. Si leur succès demeure encore limité en Europe en raison de leur récente et faible implantation, il ne tient qu’aux acteurs historiques d’adopter cette philosophie et favoriser in fine l’intérêt final de leur client.

L’éducation financière n’est pas la seule raison pouvant expliquer l’aversion des investisseurs particuliers face aux produits financiers. La complexité croissante des offres financières associée au manque de confiance dans les marchés financiers faisant suite à la crise de 2008 demeurent des facteurs prépondérants. C’est donc un travail collectif et constructif qui doit prendre place entre les distributeurs, les gérants mais également les régulateurs. L’éducation financière doit devenir le pilier essentiel de la protection de l’investisseur pour favoriser la prise en compte des défis collectifs et individuels futurs.

 

1 OCDE, Recommandation du Conseil relative à des Principes de haut niveau sur la protection financière des consommateurs, 17 juillet 2012 - C(2012)102
2 Annamaria L usardi et Olivia S. Mitchell (2011), « Financial Literacy around the World : an overview », Journal of Pension Economics and Finance 10(4) : 497-508.
3 Carlo de Bassa Scheresberg (2013), « Financial Literacy and Financial Behaviour Amoung Young Adults Evidence and Implications », Numeracy, vol. 6, n° 2, article 5.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº790bis
Notes :
1 OCDE, Recommandation du Conseil relative à des Principes de haut niveau sur la protection financière des consommateurs, 17 juillet 2012 - C(2012)102
2 Annamaria Lusardi et Olivia S. Mitchell (2011), « Financial Literacy around the World : an overview », Journal of Pension Economics and Finance 10(4) : 497-508.
3 Carlo de Bassa Scheresberg (2013), « Financial Literacy and Financial Behaviour Amoung Young Adults Evidence and Implications », Numeracy, vol. 6, n° 2, article 5.