Cet article appartient au dossier : Captives financières : évolution dans la continuité.

Secteur automobile

Des captives très rentables

Historiquement bien dotées en capital et bénéficiant d'une rentabilité supérieure aux banques traditionnelles, les captives du secteur automobile affichent une belle santé, que l'exercice d'AQR est venu confirmer.

L'auteur

  • Rayane Abbas
    • Analyste crédit (Associate, Financial Institutions)
      Standard & Poor's
S&P assure la notation de FCE Bank (Ford), FGA Capital (Fiat), RCI Banque et Banque PSA et Volkswagen Financial Services (et sa filiale Volkswagen Bank) en Europe.

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°332

Captives financières : évolution dans la continuité

Quel bilan dressez-vous de l’année ​2014 pour les captives européennes du secteur automobile ?

Nous constatons une bonne performance commerciale liée à la reprise du marché de l’automobile en Europe et à l’intensification des opérations commerciales de ces captives, qui ont maintenu à un niveau élevé leur taux de pénétration, c’est-à-dire le taux de véhicules financés par rapport au nombre de véhicules vendus par le constructeur. Nous nous attendons à ce que leurs résultats au titre de 2014 soient résilients, dans la lignée de 2012 et 2013. Surtout, les profits – rapportés aux prêts – promettent d’être stables pour le secteur. 2015 devrait s’inscrire dans la même tendance.

En quoi leur activité est-elle stratégique pour les constructeurs ?

Comme ces sociétés financent la vente des automobiles, elles sont importantes pour la viabilité des constructeurs. Ceci explique que ces derniers sont prêts à ne pas remonter la totalité des profits sous forme de dividendes pour permettre à leur captive de conserver une capitalisation élevée, la confiance des investisseurs et, de fait, des conditions de financement optimales. Ce capital s’est renforcé, on le voit dans les métriques réglementaires tout comme au travers du ratio de capital que nous avons développé, le RAC.

La poursuite du mouvement de diversification des sources de financement : RCI Banque et Banque PSA ont continué à collecter des dépôts en 2014 ; le financement par devises et par ressources le confirme (dépôts, titrisation, ressources de marché, banques).

Recul du risque, qui reste modéré ; nous pensons que 2014 marquera un point bas en la matière. La métrique que nous suivons, c’est le coût du risque et les prêts non performants rapportés au total des prêts. Ceux-ci devraient légèrement augmenter, mais dans des niveaux très cohérents avec l’historique.

En synthèse, ces entités ont un business model cohérent, qui fonctionne bien. Elles sont capables de générer des profits importants rapportés à leur taille, de manière régulière. Elles sont beaucoup plus rentables – trois à quatre fois – que les banques traditionnelles.

Comment cette rentabilité s'explique-t-elle ?

Elles ont une base de coûts plus basse, en effet, mais également une capacité à générer une marge d’intérêts supérieure, associée à un risque de crédit bas. Leur structure de coûts aide donc à cette rentabilité.

Quelles sont les faiblesses de leur business model ?

Leur statut de captive les lie à la capacité du constructeur de vendre des véhicules. L’évolution du marché et l’attractivité des produits influent sur ces résultats. En cas de baisse des ventes, la capacité de ces entités à produire du crédit diminuera également. Au bout de 2 à 3 ans, lorsque les stocks de crédit diminuent, la baisse des revenus devient sensible. L’exemple le plus explicite en est Banque PSA : les difficultés de la maison mère ont provoqué la chute des revenus de la captive. Cependant, cette chute est restée relative et n’a pas remis en question la validité du business model. Elle a néanmoins mis en valeur cette dépendance aux ventes de la maison mère.

Comment cette interdépendance se traduit-elle dans votre méthode de notation ?

Nous traduisons cette « symbiose » de deux manières : nous alignons généralement la notation de la captive sur celle du constructeur, mais nous estimons dans certains cas que la solvabilité de la captive est supérieure à celle du constructeur.

En particulier, ces entités sont régulées et doivent respecter des ratios de capital minimum. Donc, s’il est en difficulté, le constructeur ne peut pas ponctionner le capital de sa captive au point de mettre en danger sa solvabilité. Dans une certaine limite, cela nous permet de pratiquer des adaptations de notation en faveur des captives, si nous estimons que la captive a une meilleure santé financière que le constructeur. Cette différenciation est notamment destinée à reconnaître l’existence de certains mécanismes de protection. Mais elle est limitée, dans la mesure où les activités des deux entités sont liées. De fait, les notes restent donc très fortement corrélées.

En parlant de régulation et de capitalisation, considérez-vous que ces captives ont réussi le test des AQR ?

Les trois captives qui ont été soumises à l’exercice d’AQR sont Banque PSA, RCI Banque et Volkswagen Financial Services. Ce test a été passé avec succès. Le stress-test imposait de respecter un ratio tier one de fonds propres durs (CET1) de 5,5 %. Toutes trois ont été au-dessus – RCI : 9,1 ; PSA : 12,7 ; Volkswagen : 7 %, sachant que le ratio de 7% ne tenait pas compte de l’augmentation de capital de Volkswagen en 2014, comme le voulaient les stress-tests. Cela confirme ce que nous affirmons, à savoir que ces entités ont un niveau de provisionnement adéquat et une bonne qualité d’actifs. Nous avons également toujours souligné leur forte capitalisation.

Ces bons résultats ont-ils un impact sur leurs conditions de financement ?

De manière générale, nous avons déjà constaté une amélioration du coût de refinancement en 2013 et 2014 pour les captives, davantage lié à l’abondance de liquidités sur le marché. Cela suit un mouvement général de baisse, aidé par la bonne santé de ces captives, et par le fait que ces entités ont diversifié leur base de financement.

En conséquence, pour les captives soumises à l’exercice de l’AQR, les impacts en termes de coût de financement seront certainement nulles, parce que les points mis en avant dans le cadre de l’AQR sont déjà intégrés par les investisseurs. Leur base d’investisseurs est régulière, stable, et les connaît bien.

Les exigences réglementaires croissantes pourraient-elles freiner les ambitions de ces captives ?

Non, car ce sont des entités disposant historiquement d’une capitalisation élevée. Si l’on prend le ratio RAC, elles sont en moyenne 1,5 fois à 2 fois plus élevées que les grandes banques européennes. Si l’on regarde les ratios Bâle III qui sont publiés, elles se situent au-dessus de 10,5 %, niveau minimal préparé par le Comité de Bâle.

Quel pourrait être l’impact de la crise russe et des prix du pétrole sur l’activité à l’étranger pour RCI Banque ?

Cela peut bien entendu avoir un impact sur leur activité, comme pour toutes les entreprises actives sur le sol russe. Pour l’heure, RCI Banque n’a pas communiqué ses résultats. Cependant, la Russie est un petit marché pour RCI Banque, qui ne pèse pas plus de 3 % du P&L.

Dans notre méthodologie, qui nous amène à analyser les profits comme la capacité à générer du capital, si l’entité génère suffisamment de capital pour pallier l’augmentation de son risque, c’est neutre pour nous.

Ceci étant précisé, RCI Banque est chez nous la seule captive à être placée en perspective négative. Ceci est en partie lié à l’évolution de la réglementation en Europe et notamment de la BRRD (Bank Recovery and Resolution Directive). On assiste à un mouvement général de baisse du support du gouvernement en Europe, soutien dont nous estimons que RCI Banque peut également bénéficier. C’est également lié en partie à la croissance dans les pays émergents, qui pourrait potentiellement affecter la position en capital de la banque. Cette perspective négative signifie que la note pourrait être amenée à baisser si nous constations l’occurrence de ces risques.

Par ailleurs, c’est une captive très rentable par rapport à ses pairs ; elle est diversifiée géographiquement, résiliente, et elle dispose d’une bonne capitalisation. Elle a diversifié sa structure de financement.

Cette perspective négative ne s’applique pas de la même manière à Banque PSA ?

La perspective pour Banque PSA est actuellement positive. Cela souligne notamment l’amélioration de la santé financière du constructeur. Nous prenons en compte le support de l’État, mais la construction de la note est un peu différente : nous appliquons un système de cap. Nous partons de la note potentielle de la banque, qui inclue le support du gouvernement, auquel nous appliquons un cap, qui, dans le cas de Banque PSA, se situe deux crans au-dessus de la maison mère. En quelque sorte, la note de Banque PSA est inférieure à sa note potentielle, du fait du cap.

Ces dernières années, Banque PSA a eu des difficultés liées à la santé de son parent, illustrant d’ailleurs les faiblesses intrinsèques du  business model évoquées plus tôt. Les prêts au bilan se sont effrités, et à leur suite les revenus et les résultats.

Malgré cet aléa, la captive conserve une rentabilité élevée ; elle  a sécurisé son financement grâce à la garantie de l’État, en lançant une activité de dépôt, et en faisant appel à la titrisation.

Les ambitions affichées par Volkswagen Financial Services, qui souhaite devenir la première société de services automobiles du monde en 2018, sont-elles justifiées ?

Cette captive dispose de plusieurs atouts, le principal étant la taille de son bilan : avec 100 milliards d’euros environ, c’est le bilan le plus important de toutes les captives que nous suivons en Europe. Son parent fort est doté d’une notation élevée, d’un large portefeuille de marques, ce qui donne une grande diversité dans les prêts octroyés.

Elle bénéficie également du réseau de concessionnaires du constructeur, ce qui lui permet de distribuer ses prêts dans un réseau important. Enfin, Volkswagen Financial Services se caractérise par une forte capacité à trouver des financements et garde une bonne liquidité.

 

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