Jeux vidéo, livres, BD, jeux de plateau, cinéma

La banque objet ludique, car objet de fantasme ?

Souvent méconnus du grand public, les métiers de la banque et de la finance n’en finissent pas de générer des fantasmes et une certaine dose de méfiance. Ils sont une source d’inspiration idéale pour tous les créateurs d’univers imaginaires, sous quelque forme que ce soit.

illustration article Stéphanie Chaptal

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Ceux qui travaillent dans l’univers de la banque ou de la finance peuvent s’y sentir à l’aise et percevoir assez facilement l’aspect ludique qu’il peut y avoir à manipuler des sommes importantes, que ce soit pour réaliser un montage financier et aider un client à boucler son tout premier achat immobilier, ou pour mieux répartir les placements d’une jeune retraitée. D’ailleurs, lorsqu’il s’agit de vendre et d’acheter des actions ou obligations, ne dit-on pas « jouer en Bourse » ? Tout en gardant la tête froide, et en ne confondant pas leur cadre de travail avec une salle de jeu, cet aspect de la profession peut être l’une des raisons pour laquelle ils l’ont choisie et y restent. Pour le grand public, en revanche, c’est-à-dire pour tous ceux qui ne travaillent ni dans une banque ni dans la finance, et qui n’y ont pas de proches, ce milieu reste obscur. Si tout un chacun peut se faire une idée, même très erronée, de ce qu’il se passe dans une agence bancaire, dès que l’on parle d’Internet et de banque en ligne, de banques privées, de banques d’investissement et de salles de marché, le mystère prédomine le plus souvent. Et qui dit mystère, dit fantasmes et libre cours à l’imagination. Ajoutez-y une dose de fascination bien humaine pour l’argent et les dérives criminelles qu’il peut générer, et vous avez de quoi fournir l’une des meilleures sources d’inspiration pour les différents acteurs des machines à loisir.

Les bad boys du secteur attirent

Que ce soit avec le succès toujours renouvelé du Monopoly ou de la Bonne Paye dans les jeux de société, ou avec la prolifération de bandes dessinées franco-belges autour de la banque et de la finance, même bien avant l’éclatement de la crise des subprime en 2008, certains secteurs de l’industrie des loisirs ont toujours été inspirés par la banque. Sans remonter aux XVII et XVIIIes siècles, l’immense succès de Paul-Loup Sulitzer dans les années 1980 n’est pas un épiphénomène. Chaque année, des dizaines de polars et thrillers prennent naissance dans le monde de la finance. Même si les romans classiques, à l’instar du Magicien de la Finance, y sont plus rares, il n’y a guère que la romance à l’eau de rose et la littérature jeunesse qui ne tirent pas leur inspiration de la banque. Du côté du cinéma et du jeu vidéo, ce sont, à quelques exceptions près, plutôt les bad boys du secteur qui attirent. Voleurs astucieux, traders véreux et autres braqueurs de banques apportent la dose d’adrénaline nécessaire pour accrocher le spectateur à son siège ou le joueur à son écran de PC ou de console. Hélas, comme ce sont également les médias de loisirs les plus populaires à l’heure actuelle, cette peinture souvent négative de l’univers bancaire se ressent sur la façon dont le grand public imagine au final la banque. Avant de trouver à la rentrée un moyen pour améliorer l’image de votre métier, voici quelques idées de films, livres, jeux vidéo, bandes dessinées ou jeux de société autour de la banque, pour vous détendre durant l’été.

Découvrez les diaporamas de nos sélections : livres bandes dessinées et jeux de plateaux par Stéphanie Chaptal ; films et jeux vidéo par Claire-France Thévenon

La bourse aux livres

À la différence du cinéma et du jeu vidéo, la littérature n’a jamais hésité à s’emparer du personnage du banquier, ou de la banque elle-même, pour construire ses intrigues. Propice aux polars, le thème suscite également des créations inattendues.

Moins contrainte par une action visuelle et immédiate que le cinéma ou le jeu vidéo, la littérature n’a jamais hésité à aborder les thèmes de la finance et du banquier. À tel point que notre sélection ne s’est pas construite en cherchant des livres sur cette thématique, mais, au contraire, en « écrémant », pour ne sélectionner que des titres récents. Si le polar et la Bourse se taillent la part du lion, c’est que l’adrénaline propre au secteur et les fantasmes que génère la banque d’investissement dans le grand public s’y prêtent merveilleusement bien. Pour autant, la micro-finance inspire un roman léger, sans être pour autant frivole, pour dépeindre l’Inde d’aujourd’hui. Et si l’on pousse la logique des fantasmes boursiers jusqu’au bout, certains cadres de la City de Londres ont les dents longues, à défaut d’être bien prudents. Notons au passage que le 9 art français surpasse les comics américains ou les mangas asiatiques dans sa représentation du monde de la finance et de ses mécanismes : les éditeurs ont tous plusieurs titres dans cette thématique à leur catalogue. Florilège des productions les plus intéressantes.

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La banque sur grand écran

Hollywood a toujours su s'inspirer des phénomènes de société et, en particulier, de ses travers. La criminalité liée au monde bancaire, du braquage au délit d'initié, a donc régulièrement les honneurs du grand écran. En voici six exemples récents et de genres tout à fait différents.

Au cinéma comme à la télévision, un banquier qui fait bien son travail, c'est un peu comme un train qui arrive à l'heure : cela ne donne pas lieu à des rebondissements narratifs intéressants. C'est pour cette raison que les films liés à la banque ou au monde de la finance mettent souvent en scène des délits, qu'il s'agisse de braquages ou de délits d'initiés. Les films de braquages de banque sont sans doute les plus vieux, allant de vieux westerns au classique Un Après-midi de chien (Sidney Lumet, 1975). En 2004, le documentaire de Mickael Moore Fahrenheit 9/11 (Palme d'Or à Cannes) mettait en avant la difficulté de rendre réalistes et palpitantes les arrestations de criminels en col blanc en reconstituant à Wall Street un désopilant remake de l'émission de course-poursuite américaine Cops. Il existe assez peu de fictions télévisées touchant à l'univers des chiffres faute d'être un thème très visuel. On peut noter une tentative comme The Nine, qui mettait en scène des otages d'une banque, ou encore la série française Scalp, produite par Canal+. Au travers d'une cinématographie assez variée, les Américains se sont davantage intéressés à la décadence de Wall Street et aux diverses crises qui ont frappé l'économie. Il existe également des films français sur le sujet, avec notamment la sortie prochaine d'Avis de tempête, un thriller de Christophe Barratier retraçant l'affaire Kerviel. Tourné en 2013, ce film devrait arriver en salles avant la fin de l'année.

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Jeux vidéo : la finance aux manettes

Après une période dédiée aux jeux de simulation sur PC qui faisait la part belle à la finance, celle-ci s’est peu à peu effacée des jeux vidéo actuels, marqués par un regain d’intérêt pour les consoles. Pourtant, les mécanismes économiques ou la banque peuvent aussi servir de base pour des jeux récents.

Si l’économie et le système bancaire en général semblent obscurs pour une partie du grand public, il n’est donc pas étonnant qu’il y ait assez peu de simulations liées à cet univers. En dehors d’un Sim City – et tous les Sims qui sont des simulations de vie, et où l’argent a donc forcément une place importante –, la place de la banque dans le jeu vidéo apparaît surtout dans des actions criminelles. Figure de proue du cinéma, le braquage de banque est également en passe de devenir un classique du jeu moderne mettant en avant un modèle « Gansta » assez prisé des joueurs, mais décrié dans les médias pour son amoralité. Exclus de cette sélection, car un peu plus éloignée de notre sujet, l’exception à cette vision un peu limitée du monde bancaire serait les jeux comme Assassin’s Creed 2 et Assassin’s Creed : Brotherwood, situés durant la Renaissance italienne. Ces derniers, bien documentés sur l’histoire des banques, mettent en avant tout un système d’investissement pour faire fructifier l’argent du personnage principal.

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Jeux de plateau et billets verts

Hormis deux grands classiques, l’argent n’est pas forcément au cœur des préoccupations des concepteurs de jeux de société. Il reste cependant l’un des ressorts les plus importants de la mécanique d’autres jeux, et ce dès le plus jeune âge.

Hormis l’incontournable Monopoly et la Bonne Paye, difficile de citer un seul jeu de plateau ayant l’argent pour thème central. Quant à en trouver un récent et amusant autour de la banque elle-même, n’y comptez pas : il n’existe pas encore ! Il faut dire que le domaine du jeu de société est un secteur difficile. S’il existe de vrais fans de jeux de plateau, qui dédient des après-midi et des soirées entières à leurs passions, la plupart des foyers français sont des joueurs occasionnels, à l’occasion des vacances ou des dimanches pluvieux, quand la famille est réunie. Du coup, hormis les jeux de société pour enfants achetés pour Noël ou les anniversaires, les foyers français n’ont souvent que quatre ou cinq jeux classiques : échecs ou dames, petits chevaux, Scrabble et le fameux Monopoly. Les autres titres, plus ou moins centrés sur l’argent ou la finance, n’arrivent pas à gagner en renommée et ne font souvent que des apparitions éclair de quelques années en rayon.

Pour autant, comme dans les autres domaines des loisirs, la banque et l’argent sont des composants clés du jeu et dès les premiers temps de la vie. « L’argent est souvent présent dans tout ce qui est jeu d’imitation des enfants, comme le fameux jeu de la marchande » rappelle Nathalie Bloch-Sitbon, journaliste indépendante spécialisée dans les jeux et l’enfance. « L’argent a pour les enfants un rôle pédagogique : il sert de support pour apprendre l’addition, la soustraction… » Du côté des jeux familiaux et non plus seulement ceux visant uniquement les enfants, on retrouve actuellement des tendances assez proches du jeu vidéo ou du cinéma, où le joueur se place la peau d’un bad boy. Il sera capitaine pirate dans Piratoon ou El Capitan et devra gérer son vaisseau, ses marins et son butin. Dans Colt Express et Cash and Gun, il devra braquer trains ou banques puis partager le butin avec ses complices. Dans la mouvance du Monopoly ou de la Bonne Paye, citons Splendor dans le monde de la joaillerie, Hotel dans celui de l’hôtellerie de luxe ou Logo Millionnaire pour gagner des millions grâce au marketing. Pour Nathalie Bloch-Sitbon, ce type de jeu fonctionne bien, mais « Monopoly et la Bonne paye restent des classiques car ils permettent de satisfaire ses envies d’être milliardaire sans en avoir les risques ».

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