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Forte accélération de l’endettement des entreprises liée à la crise de la Covid-19

Sous l’effet de la crise sanitaire, l’endettement a progressé.

L'auteur

  • O Éluère
    • Economiste - Direction des études économiques
      Crédit Agricole SA

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  • Endettement des sociétés non financières

    Endettement des sociétés non financières

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°848

Infrastructures en Afrique - Combler le gap de financement

La croissance de l’encours de crédits aux sociétés non financières, déjà assez soutenue en 2019 (+5,1 % sur un an en fin d’année), a fortement accéléré au premier semestre 2020 : +12,1 % en juin et +12,6 % en juillet. Les crédits à l’investissement freinent légèrement (+5,6 % en juillet 2020 après +6,3 % fin 2019). En revanche, les crédits de trésorerie s’envolent : +32 % en juillet (après -0,3 % fin 2019). L’endettement de marché est également sur une dynamique très marquée : +14,7 % sur un an en juin. L’endettement global (crédits bancaires et titres de marché) affiche donc des rythmes de croissance record, +13 % sur un an mi-2020.

La forte accélération du crédit bancaire est liée aux mesures de soutien prises pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19. Le confinement a créé un double choc d’offre et de demande et une chute de l’activité : fermeture des commerces non essentiels, activité très réduite dans le BTP, l’automobile, les transports, le tourisme etc. Le PIB s’est replié massivement de 5,9 % au T1 puis 13,8 % au T2. Une reprise assez nette est attendue à partir du T3 grâce au déconfinement, à un effet de rebond mécanique, aux mesures de soutien et au plan de relance. Mais avec la circulation persistante du virus, certains secteurs resteront nettement fragilisés (aéronautique, automobile, tourisme, hôtellerie, culture…) et on peut craindre une confiance des agents en berne, un redémarrage très modéré de l’investissement, une hausse significative du chômage et des faillites, etc.

Les entreprises sont ainsi confrontées à des tensions sur la trésorerie : faiblesse de l’activité et des profits, profits quasi nuls ou pertes pour certaines entreprises fragilisées, tensions marquées en matière de délais de paiement, notamment retards dans le règlement des factures des grands groupes à leurs fournisseurs. Elles bénéficient du chômage partiel et de reports d’impôts et de loyers, mais de nombreux coûts subsistent (fournisseurs, télécommunications, entretien, assurances, gestion des stocks) et les reports d’impôts et charges devront être remboursés d’ici la fin de l’année. D’où un recours marqué au Prêt garanti par l’État (PGE) mis en place en mars. Jusqu’à fin 2020, les entreprises non financières peuvent demander à leur banque un prêt garanti par l’État pour soutenir leur trésorerie. L’enveloppe est de 300 milliards d'euros. Ce prêt peut représenter jusqu’à 3 mois du chiffre d'affaires de 2019. Aucun remboursement n’est exigé la première année et l’entreprise peut choisir d’amortir le prêt sur une durée maximale de cinq ans. Le taux est bas et attractif. Au 14 août, les demandes de PGE accordées par les banques, en faveur principalement des PME et TPE, atteignaient 118 milliards d'euros. Ceci explique la hausse record de l’encours des crédits de trésorerie (+89 milliards d'euros entre février et juillet) alors que l’écart annuel n’est que de 5 milliards d'euros en moyenne depuis 10 ans. Au vu de la forte hausse du flux de crédits nouveaux, on note que, pour une bonne part, ces prêts PGE s'ajoutent aux crédits de trésorerie « classiques » et ne s'y substituent pas.

Le flux de crédits nouveaux à l’investissement est également en hausse assez marquée, en dépit du net repli des dépenses d’investissement au premier semestre. De même, l’encours de titres de marché progresse fortement. Ce recours des entreprises à la dette (hors PGE) s’explique en partie par un besoin de financement élevé, les profits des entreprises subissant une baisse nettement plus marquée (-30 %) que celle des dépenses d’investissement (-8 %). De plus, compte tenu de conditions de financement attractives, les grandes entreprises ont continué à s’endetter sur les marchés, afin de renforcer massivement leur trésorerie. La forte hausse de l’endettement des entreprises (+158 milliards entre février et juin) se traduit pour l’instant par une forte remontée de leurs dépôts (+142 milliards) mais ceux-ci vont être en partie redépensés au cours des prochains mois, avec notamment le remboursement des impôts et cotisations sociales.

La conjonction d’une forte hausse de l’endettement et d’une dégradation de la valeur ajoutée et des fonds propres fragilise la structure financière des entreprises et conduit à une nouvelle remontée du taux d’endettement. Rapporté à la valeur ajoutée, ce taux déjà très élevé fin 2019, 133 %, bondit à 158 % mi-2020. Ce ratio est beaucoup plus élevé pour les grandes entreprises que pour les PME.

Au cours des prochains trimestres, le processus de reprise et le redressement des profits devraient toutefois modérer les tensions sur la trésorerie et le recours des entreprises à la dette. De plus, il n’y a pas à craindre un fort rebond des flux de remboursement car le PGE peut être converti en crédit amortissable sur 3 à 5 ans. Après une forte hausse de 12 % en 2020, la croissance de l’encours de crédit serait ramenée à un rythme plus « habituel », de l’ordre de 4 %, en 2021.

 

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