Grèce

« Si l’Allemagne campe sur ses positions, elle plongera la zone euro dans une nouvelle crise »

L'auteur

  • Dor
    • Directeur des études économiques
      IESEG School of Management

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°806

Élection présidentielle : les enjeux pour le secteur financier

À l’issue de la réunion de l’Eurogroupe du 20 février, les dirigeants européens se sont montrés confiants sur le dossier grec. La situation est-elle débloquée entre le FMI et le camp européen ?

Depuis le début de la crise grecque, les équipes du FMI affirment que la dette de cet État n’est pas soutenable. Et l’expérience leur a donné raison puisqu’il a fallu consentir une restructuration en 2012 (le PSI [1]). Le 5 décembre dernier, trois mesures assez timorées d’allégement de la dette ont été adoptées par les Européens mais une seule est réellement mise en œuvre pour le moment. Les préconisations du FMI sont bien plus radicales, comme le montre son rapport publié le 7 février : il s’agit d’allonger la maturité de la dette de façon drastique.

Depuis 2010, les perspectives de l’Eurogroupe se sont toujours révélées trop optimistes. Le FMI est toutefois d’accord avec les Européens pour la période s’étalant jusqu’en 2022, mais pour les années qui suivent, la trajectoire de la dette grecque est explosive selon le FMI : 275 % du PIB en 2060. Quant au besoin brut de financement il atteindrait, toujours selon les calculs du FMI 33 % du PIB en 2040 et 62 % en 2060, ce qui est totalement déraisonnable.

Sur le plan budgétaire, l’Eurogroupe exige de la Grèce un surplus primaire de 3,5 % du PIB en 2018 et ce jusqu’en 2028. Pour le FMI, imposer cela à la Grèce est contreproductif car cette mesure plongerait le pays en récession. Le FMI estime qu’il faut réduire les mesures d’austérité. De toute manière, le FMI affirme que contrairement à ce qui est affirmé par l’Eurogroupe, les mesures déjà votées ne permettront d’atteindre qu’un surplus primaire d’1,5 % du PIB à partir de 2018, plutôt que 3,5 %.

Le FMI est pourtant connu pour imposer des mesures d’austérité qui plongent les pays en récession !

En effet, mais il s’est remis en cause et tire les leçons de ses erreurs passées. S’il veille à ne pas plonger la Grèce en récession, il n’oublie pas pour autant de lui demander des efforts : mieux lever l’impôt et réduire le poids des pensions afin de se rapprocher de la moyenne des pays européens. Et c’est alors que la Grèce se trouve piégée par le désaccord entre ses créanciers. Pour essayer de se concilier le FMI, l’Eurogroupe a obligé la Grèce à accepter le principe d’une diminution du seuil d’exonération de l’impôt sur le revenu, et de réduire encore certaines retraites, pour améliorer le surplus primaire d’un montant global équivalent à 2 % du PIB. De cette manière on comblerait l’écart que le FMI prétend avoir identifié.

L’issue la plus probable n’est-elle pas une sortie du FMI ?

Le FMI n’a pas participé au dernier programme d’aide comme prêteur, mais il est resté dans le dossier en tant qu’expert technique. Au sein des équipes du FMI, la participation du Fonds au dossier grec comme prêteur est très contestée. Si Christine Lagarde décidait de retourner dans le programme sans que les conditions demandées par les équipes soient respectées, elle devrait probablement faire face à une véritable fronde. Le problème, c’est que l’Allemagne affirme qu’en l’absence de participation du FMI comme prêteur, la continuité du troisième programme lui-même serait remise en cause ! Or la Grèce aura besoin du reste des prêts à octroyer dans le cadre de ce programme, pour rembourser des dettes qui arriveront à échéance. Sans ces prêts, la Grèce pourrait être acculée à abandonner l’euro et se déclarer en défaut sur la dette publique. Si l’Allemagne campe sur ses positions, elle plongera la zone euro dans une nouvelle crise. Impossible de savoir si Angela Merkel prendra ce risque.

Propos recueillis par S. G. le 22 février 2017.

 

Propos recueillis par Sophie Gauvent le 22 février 2017

[1] Private Sector Involvement.

 

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