Quel est le rôle du département
Au sein de la direction des risques du groupe, ce département est en charge de l'analyse et du support au pilotage de l'ensemble des risques de la Société Générale. Il a été créé en 2009 pour répondre, dans un contexte de crise et de renforcement du cadre réglementaire, au besoin accru d’un pilotage transversal combinant tous les types de risques. Le développement croissant des stress-tests dans le pilotage de la banque et pour répondre aux demandes des régulateurs a renforcé le rôle de ce département.
Depuis 2009, les banques doivent effectuer des tests de résistance à la demande de l’EBA. Avez-vous observé une évolution entre le premier et le dernier stress-test, dont les résultats ont été rendus publics en juillet 2011 ?
En 2009 et 2010, l’EBA a demandé aux banques de fournir les éléments, notamment les différentes expositions aux risques, lui permettant de réaliser ses propres stress-tests. En 2011, le régulateur de chaque pays a pris en charge la réalisation des stress-tests. Pour la France, l’Autorité de contrôle prudentiel a donc validé les méthodes des banques françaises avant de les soumettre à l’
Les banques réalisent d’elles-mêmes des tests de résistance internes depuis la fin des années 1990 ; les stress-tests externes de l’EBA vous ont-ils permis de comparer vos méthodes d’évaluation des risques avec celles des autres établissements ?
Dans ces stress-tests externes, les scénarios (central et stressé) et une part de la méthodologie sont définis par le régulateur. Les régulateurs nationaux, puis l’EBA, effectuent des contrôles de cohérence entre les méthodes et les résultats fournis par les banques participantes. Ces contrôles portent par exemple sur les taux de défaut pour un type de clientèle dans un pays donné. Si une banque répond qu’en cas de stress, son portefeuille subirait un taux de défaut très inférieur à celui projeté par la plupart des autres banques, l’EBA demande à cette banque de justifier son hypothèse ou de la modifier. La différence peut, bien entendu, être justifiée, par exemple si la banque a des critères à l’octroi plus contraignants ou une base de clientèle moins risquée.
Ainsi, les stress-tests peuvent être vus comme des exercices de benchmark. Cela a été très enrichissant et a crédibilisé notre méthodologie, car nous n’avons quasiment pas eu à modifier nos hypothèses, même si certaines explications nous ont, bien sûr, été demandées.
Enfin, la publication des résultats des stress-tests nous a conduits à transmettre beaucoup d’informations au marché, mais les autres banques ont fait de même et ces données ont été très instructives : elles nous permettent de nous situer par rapport aux autres.
Dans les stress-tests de l’EBA, certains éléments vous ont-ils choqués ?
Certains éléments étaient surprenants. C’est la contrainte de ce type d’exercice, surtout lorsqu’il faut pouvoir comparer les résultats de près de 100 banques ; dès lors, certaines hypothèses peuvent être discutables. L’un des principaux exemples est le cas de la contrainte du bilan constant sur les deux années de stress. En effet, face à une période de crise, les banques, comme toute entreprise, réagissent avec un impact éventuel sur la taille du bilan, ce qui n’était pas possible dans cet exercice. De plus, une partie de nos actifs, regroupés au sein d’une « bad bank », sont gérés en extinction. Sur ce périmètre, non seulement nous ne pouvions pas tenir compte des cessions d’actifs, nombreuses sur ce portefeuille, mais nous devions, au contraire, simuler le rachat des actifs arrivant à maturité par des produits de même nature à un prix avant crise.
De même, les paramètres relatifs à certaines activités de marché (au travers de la
Finalement, certains axes de reporting demandés ne correspondaient pas aux métriques de gestion internes de la banque et ont nécessité beaucoup de travail pour fournir les données.
Selon vous, le capital exercise est-il un stress-test ?
Un stress-test est finalement un cas particulier d’un exercice de projection, mais dans un environnement dégradé. Le capital exercise (voir l’article Le capital exercise en quête d'identité) est une projection, avec comme objectif le calcul du ratio Core Tier 1, afin de satisfaire aux contraintes réglementaires de Bâle III.
Comment utilisez-vous les stress-tests en interne ?
Nous réalisons des stress-tests globaux pour répondre, par exemple, aux demandes de l’ICAAP ou de l’EBA. Mais les stress-tests sont aussi des outils de pilotage stratégique internes, notamment dans le cadre de la démarche d’appétit pour le risque. Cette démarche permet de mesurer sur les principales unités de la banque le rapport rentabilité/risque, le risque étant mesuré par l’impact sur cette entité d’un scénario de stress par rapport à un scénario défini comme central.
Dans les tests de résistance, comment s’articulent les aspects quantitatifs et qualitatifs ?
Prenons un scénario de stress ayant comme hypothèse une augmentation du chômage en France. Pour observer l’impact de ce scénario sur nos portefeuilles, nous utilisons des données historiques qui permettent, par exemple, de quantifier la corrélation entre hausse du chômage et augmentation des taux de défaut sur nos portefeuilles de crédit aux particuliers. Les modèles statistiques alimentés par des données historiques répliquent ce que telle ou telle crise passée aurait aujourd’hui comme impact sur nos portefeuilles. Mais ce résultat purement quantitatif n’est pas totalement pertinent, puisqu’il ne tient compte ni de ce que nous avons appris depuis les crises passées, ni de la situation de départ. L’intervention humaine de chacun de nos métiers, ce que nous appelons une vision experte, est donc indispensable pour ajuster le résultat.
De façon similaire et un peu schématique, si les modèles peuvent facilement simuler l’impact d’une baisse de taux sur un portefeuille sur une période courte, il est indispensable de prendre en compte les capacités de réaction des spécialistes sur une période plus longue. À l’extrême, pour certaines situations nouvelles (par exemple : risque de défaut d’un souverain européen ) sans aucune donnée historique, seul l’avis d’expert est envisageable.
Finalement, l’analyse qualitative permet d’apporter la connaissance métier indispensable à des résultats cohérents et adaptés aux caractéristiques du portefeuille et à l’environnement économique, et ainsi ajuster des chiffres générés par des modèles.
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Ces deux types d’exercice sont très différents. Dans un stress global, un scénario unique s’applique à l’ensemble du groupe, alors que pour les stress spécifiques, le scénario est adapté au portefeuille considéré. L’exemple typique est le prix du pétrole, qui doit être élevé dans un stress global et au contraire bas, car moins favorable, pour un stress spécifique sur la Russie.
Ainsi, les scénarios étant différents – et parfois incompatibles – pour les stress spécifiques, les résultats ne peuvent se cumuler.
Société Générale est-elle plus sensibilisée au risque opérationnel, du fait de l’affaire Kerviel ?
Nous sommes très sensibles à ce risque, qui s’est matérialisé dans notre établissement, mais je ne sais pas quel est le niveau de sensibilisation des autres banques.
Jusqu’où va l’utilisation des stress-tests ?
Les stress-tests ne se limitent pas au calcul d’une perte potentielle ou à l’impact sur un ratio de capital, mais ils s’étendent au calcul de la solvabilité, du risque de liquidité, de l’utilisation du capital. Cet outil a dépassé le cadre purement réglementaire et est devenu un élément important du pilotage stratégique du groupe.