L’expérience de France active : le microcrédit autrement

Créé le

05.07.2011

-

Mis à jour le

11.07.2011

En finançant 6 700 porteurs de projets en 2010 ​pour lesquels 183 millions d’euros de concours financiers ont été ​mobilisés, France Active a permis la création ou la consolidation de près de 30 000 emplois, grâce à ses outils de microcrédit et ​d’investissement solidaire.

Quel est l'objet du réseau associatif France Active ?

Présent sur tout le territoire, France Active œuvre en faveur des personnes les plus éloignées du monde du travail, en accompagnant, d’une part, les entrepreneurs sociaux et solidaires qui créent ou consolident des emplois et, d’autre part, les personnes en difficulté désirant créer leur entreprise. France Active leur propose une expertise financière et des financements qui leur permettent de viabiliser leur projet et d’accéder aux circuits bancaires et financiers.

Quelle est l’originalité de votre démarche en faveur des créateurs d’entreprises ?

Les fondateurs de France Active ont fait le pari qu’il était possible de financer les chômeurs qui souhaitaient créer leur propre emploi en montant leur petite entreprise. Notre objectif est de permettre à ces créateurs d’entreprises demandeurs d’emploi d’accéder au crédit bancaire dans de bonnes conditions. Le schéma est simple : nous accompagnons les porteurs de projet dans le montage financier avec le soutien des politiques publiques de l’emploi et nous garantissons jusqu’à 70 % le microcrédit que leur accordent les banques. C’est là toute l’originalité du modèle de microcrédit bancaire garanti, développé par France Active avec un certain succès. Il s’agit d’inciter les banques à s’impliquer directement dans le financement de projets portés par des personnes en difficulté plutôt que de développer un système de crédit alternatif à la banque. Autrement dit : « La banque pour tous plutôt que la banque des pauvres. »

Est-ce très différent du travail de la banque ?

Notre expertise financière et notre spécialisation dans l’accompagnement des créateurs d’entreprises nous permettent d’évaluer plus précisément les projets qui aboutiront. Nous consacrons à chaque projet financé entre 12 et 20 heures d’accompagnement et d’expertise. C’est beaucoup plus que le temps d’instruction d’un dossier par un chargé de clientèle bancaire !  Notre rôle est de qualifier et de garantir les projets afin que les banques soient en situation d’assumer leur raison d’être : financer l’économie réelle en accordant des prêts à des projets économiques viables ancrés sur les territoires et porteurs d’emplois.

Comment fonctionne le système de garantie développée par France Active ?

Pour mener à bien son activité de garantie, France Active a créé en 1995 une filiale dédiée : France Active Garantie. Cette société, dont les deux actionnaires de référence sont la Caisse des dépôts et l’association France Active, est agréée par le comité des établissements de crédit. Elle exerce son activité sous le contrôle de la de l'ACP et compte plusieurs banques parmi ses actionnaires. L’ensemble des banques qui souhaitent financer les projets accompagnés par le réseau France Active peut bénéficier de sa garantie. Les fonds de garanties qu’elle gère sont dotés par l’État et par les partenaires du réseau, comme les collectivités territoriales ou des entreprises privées dans le cadre de mécénat. Les mécanismes mis en place et le bon taux de réussite des projets financés permettent d’assurer un effet levier important des dotations versées aux fonds sur les volumes de crédits bancaires garantis par ces fonds.

En effet, dans la mesure où c’est la banque qui accorde le microcrédit, France Active ne débourse rien si le prêt est correctement remboursé, comme c’est le cas pour plus de 80 % des projets financés. C’est pourquoi nous pouvons appliquer un coefficient d’au moins 4 sur les dotations logées dans ses fonds. Ainsi, 1 euro d’argent public confié à France Active correspond à une capacité de garantie de 4, soit 8 euros de crédit bancaire garanti à 50 %. Grâce à ce schéma, banques et collectivités publiques concrétisent ensemble un droit économique fondamental de l’accès au crédit bancaire, dans le cadre d’un système vertueux qui assure inclusion bancaire des créateurs d’entreprise, efficience des financements publics et sécurisation des risques des banques.

Votre démarche est-elle bénéfique à la communauté dans son ensemble ?

Le demandeur d’emploi bénéficiaire de revenus d’assistance devient, grâce à un accompagnement et un financement adaptés, le chef d’une petite entreprise génératrice de richesses et par là, de contributions fiscales et sociales. Pour la collectivité publique qui prend en charge le coût de l’accompagnement réalisé par France Active, le retour sur investissement est immédiat ! Les projets que nous finançons sont également d’excellents clients pour les banques, puisque leur taux de réussite à 5 ans atteint 80 %, soit 30 points de mieux que la moyenne.

Les déboires du microcrédit au niveau international ne signent-ils pas néanmoins la fin d’une utopie ?

Affirmons-le clairement : le microcrédit est un outil de lutte contre l’exclusion qui a fait ses preuves et montre chaque jour toute sa pertinence. Mais c’est précisément pour cette raison qu’il importe aujourd’hui de s’interroger sur les modèles existants, afin que les quelques dérives à la marge ne soient pas l’arbre qui cache la forêt des succès avérés, que ce soit dans les pays en voie de développement ou industrialisés. Outre la nécessité d’éviter la financiarisation excessive du secteur, deux conditions doivent être respectées pour que le microcrédit demeure un outil vertueux. Tout d’abord, le microcrédit doit rester un moyen et non une finalité (voir Encadré de Mickael Knaute). Bien que son efficacité ne soit plus à démontrer, le microcrédit n’a pas vocation à se substituer aux politiques publiques de lutte contre l’exclusion. Ensuite, le microcrédit « professionnel » doit financer des projets productifs, qui participent à la réinsertion sociale et professionnelle des bénéficiaires et permettent de créer des richesses. Dans le cadre des créations d’entreprise, il est ainsi extrêmement important de s’assurer que le microcrédit finance des projets économiquement viables et que ceux-ci permettent une amélioration effective du niveau de vie de leur porteur.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº294