Continuité d’activité

« Calculer les impacts financiers en cas d’arrêt de l’activité »

Créé le

05.04.2011

-

Mis à jour le

03.05.2011

Sans attendre la directive Solvency II qui imposera des mesures de continuité d’activité en cas de désastre, les assureurs comme Generali ont depuis longtemps un ​dispositif ad-​hoc.

Quel est le dispositif de continuité d’activité de votre entreprise ?

La continuité d’activité englobe la gestion de crise, la continuité des opérations, la continuité des systèmes d’information et la reprise d’activité. La continuité des opérations et la gestion de crise, qui sont sous ma responsabilité, couvrent la partie opérationnelle : les mesures de secours, de repli interne sur nos propres positions ou externe, en fonction des scénarios envisagés.  Rattachée à la direction technique et des risques, elle comprend un réseau de 29 correspondants PCA répartis au sein de toutes les directions, et qui a vocation à croître encore.

La continuité des systèmes d’information est sous la responsabilité de la direction de l’innovation et des outils, avec laquelle je travaille très étroitement car nous vérifions constamment l’adéquation entre le plan de secours informatique et les besoins métiers. Dans ce domaine, on parle de délocalisation, de dual site et de serveur en cluster qui peuvent être « redondés », basculés sur deux, trois ou quatre endroits avec une sécurisation accrue pour les applications ultra-critiques comme, par exemple, celles nécessaires pour la gestion d’actifs.

Le plan de gestion de crises englobe les schémas d’alerte, avec une cellule de crise constituée de 12 membres permanents, leurs suppléants et des membres aléatoires en fonction des métiers concernés. Elle est mobilisable en deux heures, avec des salles locales, nationales et internationales, et des outils dédiés à la gestion de crise.  Une particularité de notre dispositif est que nous avons, lors de la phase projet, choisi de paralléliser la gestion de crise et les travaux d’évaluation des grands risques et de chiffrage des hypothèses de pertes financières (Business impact analysis). Nous avons estimé que le fait d’avoir immédiatement une gestion de crise centralisée, avec des collaborateurs formés et prêts à prendre des décisions, permettrait de gagner un temps précieux.

Pourquoi la gestion d’actifs est-elle considérée comme ultra-critique ?

En gestion d’actifs, dans une compagnie de la taille de la nôtre, les ajustements entre l’actif et le passif représentent des enjeux très importants. Dans un contexte de marchés boursiers très volatils et dans le cas d’un événement qui nous obligerait à décaler notre gestion, ces ajustements se traduiraient très vite en risques financiers qui peuvent se chiffrer en dizaines de millions d’euros.

La continuité d’activité fait-elle l’objet d’une obligation réglementaire comme dans le secteur bancaire ?

Alors que les banques sont soumises à une réglementation en la matière depuis 2007, les assureurs seront réglementés à partir de 2013, dans le cadre de la directive Solvabilité II qui impose des mesures de continuité d’activité en cas de désastre. L’objectif est de garantir la solidité ​financière de l’entreprise pour faire face aux engagements vis-à-vis des clients.

Comment mobiliser l’entreprise et ses salariés autour de la continuité d’activité ?

Convaincre un assureur que le risque zéro n’existe pas n’est pas un challenge en soi. Toutefois, ce qui arrive aujourd’hui de pire dans le monde provoque quelques prises de conscience. Les événements japonais conduisent à réfléchir sur le risque nucléaire dans certaines de nos centrales vieillissantes. De même, si le risque d’agressivité fait parfois sourire certains de nos collaborateurs, il suffit de savoir qu’en 2010, nous avons payé, en tant qu’assureur, ​des sinistres incendie (destruction totale de bâtiment) de plusieurs millions d’euros dus à des malveillances, pour que ce risque soit pris bien plus au sérieux… A contrario, les mesures requises pendant la pandémie H1N1 et le battage médiatique autour d’un risque qui s’est, fort heureusement, révélé avoir un impact faible en terme de mortalité pourraient conduire à minimiser, à tort, cette typologie de risque.

Pour sensibiliser, la méthode la plus efficace reste de calculer les impacts financiers en cas d’arrêt de l’activité. La modélisation des pertes financières probables permet de sensibiliser les comités de pilotage et de direction générale sur le coût plus que significatif d’un arrêt d’activité d’une semaine suite à l’indisponibilité d’un bâtiment.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº736