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« Tapering du QE et forward guidance »

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On excusera le déchaînement de jargon anglophone du titre, mais c’est bien une des questions que se posent les marchés depuis le mois de mai 2013, lorsque M. Bernanke a annoncé que la Réserve fédérale allait graduellement réduire le rythme de l’assouplissement quantitatif monétaire (pour tenter une traduction de l’expression anglaise devenue de rigueur). Les marchés sont depuis lors à l’affût des nouvelles permettant de confirmer ou non que le ralentissement des achats de titres (puisque c’est de cela qu’il s’agit) commencera cet automne. La vive réaction observée lors des premières annonces en ce sens (les taux longs d’État ont monté de quelque 3/4 de point, les taux hypothécaires un peu plus) pourrait laisser craindre des conséquences dommageables. Mais en fait, comme M. Bernanke le rappelle régulièrement, il ne s’agira pas d’une restriction monétaire, mais simplement d’un moindre assouplissement. Qui plus est, la remontée des taux longs devrait être freinée par l’orientation avancée (forward guidance) de la banque centrale, par laquelle elle annonce des taux courts très bas pendant longtemps. Au demeurant, la remontée ordonnée des taux longs ne serait pas forcément néfaste. Le très bas niveau des taux hypothécaires a permis le redémarrage du secteur du logement, mais ce redémarrage semble bien installé : si la construction est loin d’avoir retrouvé la part dans le PIB qu’elle avait il y a une dizaine d’années, son taux de croissance est soutenu. Quant aux prix, ils retrouvent, à quelque 12 % par an, les rythmes de hausse annuelle observés pendant la « bulle » : si le niveau des prix immobiliers n’a, en général, pas retrouvé, et de loin, celui d’avant le retournement, de telles augmentations sont très élevées. On cite l’immobilier, mais, en évoquant des prises de risque excessives, M. Bernanke pensait évidemment à divers compartiments des marchés financiers, eux aussi soutenus par la surabondance des liquidités. Il n’est pas absurde non pas de retirer immédiatement des liquidités, mais d’arrêter d’en créer. Le calendrier évoqué jusqu’ici laisse attendre un arrêt des achats de titres en juin 2014, si les données macroéconomiques restent suffisamment bonnes. Une diminution de la taille du bilan et donc des liquidités sera pour encore plus tard. La Banque du Japon prenant le relais de l’expansion quantitative, la BCE comme la Banque d’Angleterre se convertissant à la forward guidance, les conditions monétaires mondiales seront longtemps encore très accommodantes.

 

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