Maroc

Port de Tanger : un partenariat public-privé modèle

Lors de la conférence de la FEMIP* qui s’est déroulée les 29 et 30 mai à Casablanca, Philippe de Fontaine Vive Curtaz, vice-président de la BEI, a qualifié le port de Tanger de « plus beau succès » en Europe et en Méditerranée en matière de partenariat public-privé. Il a exprimé le souhait de voir l’expérience des ports marocains étendue à d’autres secteurs et pays.

Port de Tanger

L'auteur

  • M. Said Elhadi
    • Président
      Autorité portuaire du port de Tanger
*Facility for Euro-Mediterranean Investment and Partnership.

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°296

Infrastructures : à la recherche de nouveaux financements

Pourriez-vous décrire le fonctionnement du partenariat public-privé (PPP) mis en œuvre dans le cadre de Tanger Med 2, notamment en matière de gouvernance et partage de responsabilités ?

Le partenariat entre public et privé dans le cadre de Tanger Med 2 s’apparente en tout point à celui, déjà éprouvé, qui a été mis en place dans le cadre de la réalisation du port Tanger Med I et est entré en exploitation en 2007. Il s’agit de s’appuyer sur de grands opérateurs portuaires spécialisés dans le cadre d’un schéma rapproché de PPP permettant, d’une part, d’alléger et faciliter les montages financiers de l’infrastructure portuaire et, d’autre part, de capitaliser sur l’expertise de ces opérateurs privés dans l’exploitation des terminaux et activités portuaires.

Ainsi, au terme du développement de la plate-forme portuaire Tanger Med dans son ensemble, prévu à l’horizon 2015-2016, avec l’achèvement du port Tanger Med 2, celle-ci aura nécessité la mobilisation d’un effort d’investissement de près de 3 milliards d’euros, comprenant les digues de protection et autres infrastructures portuaires, les superstructures et les équipements des terminaux. Près de la moitié de ce montant aura été à la charge des partenaires privés que sont les concessionnaires des terminaux et activités portuaires, auxquels reviennent le financement, la réalisation et l’exploitation des superstructures et équipements portuaires.

Quel est le montage financier propre à Tanger Med 2 ?

Le montage financier du port Tanger Med 2, portant sur un montant global de 1 milliard d’euros dans le cadre d’une société de projet, est assuré, d’une part, par un apport en fonds propres à hauteur d’environ 350 millions d’euros, répartis à parts égales entre l’État et l’Autorité portuaire de Tanger Med et, d’autre part, par un endettement qui totalisera à terme 650 millions d’euros.

La réalisation de la première phase du projet, actuellement en travaux, comprend l’ensemble des infrastructures de base du port et la réalisation d’un des deux terminaux à conteneurs du port Tanger Med 2. Elle nécessite de lever une dette de 430 millions d’euros. Ce montant est d’abord couvert, par le biais de prises fermes, à travers deux emprunts : le premier auprès de la BEI, à hauteur de 200 millions d’euros, et le deuxième du Fonds arabe pour le développement économique et social, pour 100 millions d’euros. Le reliquat sera couvert par l’émission, dans quelques semaines, d’un emprunt obligataire.

Le montage de Tanger Med 2 a été perturbé par l'effondrement des marchés. Qu'en est-il à l'heure actuelle ?

La crise économique en octobre 2008 a provoqué, en effet, un effondrement brutal du trafic conteneurisé, que ce soit en termes de volume ou de prix du fret. Cette situation a impacté à court terme la trésorerie et la confiance des opérateurs économiques, elle a amené la plupart des grands opérateurs mondiaux du secteur à reconsidérer sur le court terme leurs plans d’investissement stratégiques. En revanche, l’État marocain, qui se place par essence dans une perspective de long terme, a décidé de maintenir la réalisation du port Tanger Med 2, convaincu du potentiel que renferme le détroit de Gibraltar en matière de transbordement.

En revanche, afin d’optimiser le déploiement de l’effort d’investissement nécessaire en tenant compte des évolutions du marché, un réaménagement du processus de mise en œuvre et de montage du projet Tanger Med 2 a été opéré à la fin de l’année 2008. Il a consisté à :

  • décaler de 15 mois l’entrée en service de Tanger Med 2 par rapport au calendrier initial ;
  • développer le projet en deux phases, en réalisant d'abord un seul terminal (le 4), qui a été concédé à l’opérateur portuaire national Marsa Maroc en juin 2009 ;
  • reporter la réalisation du second terminal en fonction de la demande des opérateurs internationaux en capacités portuaires dans la région.

Aujourd’hui, les travaux de construction débutés en mai 2010 suivent leur cours et le déploiement du terminal de Marsa Maroc est attendu pour le second semestre 2014. Avec la reprise du trafic maritime international observée depuis le début de l’année 2010, et vu le nombre important de navires de très grande taille qui seront mis en service à partir de 2013-2014, une infrastructure comme le terminal 3, d’une capacité de 3 millions d’EVP [1], reprend tout son sens et suscite de nouveau l’intérêt des grands acteurs mondiaux, armateurs et opérateurs.

Le ministre des Finances marocain a annoncé entamer des réflexions afin « d'ouvrir le champ des possibles » en matière de PPP, en incluant notamment la titrisation. Qu'est-ce qu'une évolution de cette nature pourrait signifier pour les PPP au Maroc ?

De manière générale, il me semble d’abord important que le ministère des Finances agisse dans le sens de la standardisation des bonnes pratiques en matière de PPP et de leur promotion auprès des administrations, des entreprises et établissements publics et des collectivités locales. Le champ des possibles est en effet encore large dans ce domaine.

La création d’un fonds de titrisation, ou même d’un cadre réglementaire destiné à en favoriser l’émergence, serait extrêmement bénéfique, tant pour les investisseurs institutionnels, qui auront aisément accès à des produits d’investissement sécurisés et attractifs pour faire face à des engagements à très long terme, que pour les entreprises et collectivités publiques. En effet, elles verraient les modalités commerciales et financières des PPP qu’elles contracteront significativement améliorées.

[1] Un EVP (Équivalent Vingt Pieds) désigne la taille approximative d’un conteneur.

 

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Infrastructures : à la recherche de nouveaux modes de financement

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