Digital

La collaboration entre Asset Managers et FinTechs a de l’avenir !

Peu à peu, les FinTechs pénètrent tous les métiers de l’univers de la gestion d’actifs : du conseil en investissement aux back-offices, en passant par la recherche. Certains acteurs traditionnels voient ces nouveaux entrants comme de nouvelles opportunités.

La collaboration entre Assets Managers et Fintechs a de l'avenir

L'auteur

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°354

Gestion d'actifs : un moment stratégique pour la Place de Paris

L’industrie de l’asset management reste dominée par les États-Unis, avec des géants tels que BlackRock et ses 5 000 milliards de dollars sous gestion, Fidelity ou State Street. La France, avec 3 693 milliards d’euros fin 2015 et 20 % de part de marché, reste la seconde Place européenne derrière le Royaume-Uni (37 %). Avec ses 630 sociétés de gestion dont quatre dans le Top 20 mondial, le France occupe le troisième rang mondial, ce qui mérite d’être rappelé.

Depuis quelques années, les progrès fulgurants de la technologie, l’alourdissement des régulations et la prise de pouvoir par le consommateur ont favorisé l’émergence des FinTechs. D’après CB-Insights, depuis 2011, 34 milliards de dollars ont été investis dans le monde et plus de 3 000 levées de fonds réalisées. De plus, CB-Insights note qu’au troisième trimestre 2016, la France est le premier pays européen en nombre et valeurs de levées de fonds, devant le Royaume-Uni et l’Allemagne.

Dans ce contexte, plusieurs questions se posent : les FinTechs sont-elles des menaces ou des opportunités pour les sociétés de gestion ? Quels besoins non couverts par les acteurs traditionnels sont servis par les FinTechs ? La réglementation est-elle un frein ou un accélérateur de développement des FinTechs ? Peuvent-elles contribuer au renforcement de la Place de Paris ?

Les FinTechs s’intéressent à tous les maillons de la chaîne de valeur

Sur la gestion d’actifs, les premières FinTechs proposaient des robo advisors en réaction à une évolution des usages et un besoin d’autonomie des clients finaux sur la gestion de leur patrimoine. Aujourd’hui, les FinTechs sont présentes à tous les niveaux de la chaîne de valeur de l’actif et du passif, sans exception. Concentrons-nous sur quatre fonctions.

Le conseil en investissement

Depuis quelques années, les robo advisors ambitionnent de « disrupter » la gestion financière avec des frais très compétitifs (de 25 et 75 bp des actifs investis), des seuils minimaux très bas pour les sommes gérées, une volonté de transparence tarifaire et de simplicité d’utilisation. Ces acteurs ont prospéré du fait du fort besoin de financement des particuliers (retraite et frais de scolarité au États-Unis) et d’une défiance vis-à-vis des acteurs traditionnels suite à la crise financière.

Certains d’entre eux (Marie Quantier) refusent par principe tout partenariat avec des institutions financières. D’autres, comme FundShop, proposent des offres en marque blanche à destination des gérants.

Pour Daniel Roy, président de La Banque Postale AM, l’offre des robo advisors est fondamentale pour trois raisons : « En matière de KYC [1], les robo advisors permettent une meilleure connaissance des clients car ces derniers répondent plus facilement aux questions que face à un conseiller “réel”, et le traitement de questions posées sous des formes différentes permet de vérifier certaines affirmations, notamment sur l’aversion aux risques. En ce sens, les robo advisors sont plus efficaces pour traiter les contraintes réglementaires, en l’occurrence l’adéquation du profil client aux produits et services proposés. Ils permettent par ailleurs de réduire les coûts de transaction grâce à des fonctions automatisées de rebalancing. »

La recherche

La mise en œuvre au 1er janvier 2018 du volet protection des investisseurs de MiFID2 vise à encadrer strictement les rétrocommissions. L’unbundling de la recherche et de l’exécution va interdire de financer la recherche via les commissions d’exécution. De nombreuses FinTechs comme Alphametry, GPS Equity, Research Pool ou encore Valphi, ont anticipé cette évolution réglementaire majeure et proposent dès à présent des offres de type place de marché, qui se différencient par :

  • la possibilité d’acheter les études à l’unité ;
  • des logiques d’évaluation et de classement des recommandations facilitant leur utilisation ;
  • une meilleure expérience utilisateur.

La conformité réglementaire

La RegTech, en forte croissance, désigne les FinTechs se positionnant sur la réponse aux exigences réglementaires, grâce à la technologie. Elles misent sur l’Intelligence artificielle (IA), dont le Machine Learning, les utilitaires partagées, la blockchain, la cryptographie…

  • La Directive DSP2 offrira deux statuts « l’agrégateur de comptes » et « l’initiateur de paiements ». Elle ouvre un potentiel énorme aux FinTechs.
  • Contego, Onfido, Tradle ou Trulioo, par exemple, sont positionnées sur le KYC. Ces KYC utilities permettent aux banques d’optimiser le processus d'onboarding [2] client grâce à des contrôles en quasi-temps réel et une meilleure expérience. Elles réduisent drastiquement les coûts du KYC, désormais mutualisés entre les banques ayant recours à la KYC utility.
  • Des RegTechs telles que Suade ou Corelytics se positionnent sur le Regulation as a Service, en fournissant une plate-forme interprétant les exigences réglementaires en temps réel, permettant aux banques de rester en permanence au niveau en matière de réglementation.

Les back-offices

De nombreuses FinTechs ambitionnent de couvrir les besoins de gestion du passif (centralisation des souscriptions/rachats, tenue du registre…) ou de l’actif (trading et clearing d’actifs illiquides, par exemple, avec Digital Asset Holdings aux États-Unis, ou encore la validation et diffusion des valeurs liquidatives). Les FinTechs s’adressent tant aux Asset Managers qu’aux Asset Servicers (comme Smart Angels, avec la tenue de registre de titres non cotés, ou Utocat, avec les registres de fonds Ucits) ou même aux infrastructures de marché (DTCC, Nasdaq, etc.), avec des modèles destinés à renforcer la sécurité, la traçabilité et l’automatisation, et à « uberiser » les intermédiaires pour réduire les coûts.

Comment les acteurs traditionnels collaborent-ils avec les FinTechs ?

« Lyxor est né dans l’innovation. On se sent proche, nous dit Valérie Menu, COO de la société de gestion. Nous avons un partenariat avec Liberté Living Lab, qui accueille 200 résidents. » Ce partenariat permet à Lyxor d’accéder à des profils très pointus comme des Data Designers, des Data Scientists, des start-up ou des chercheurs, pour avancer sur trois axes :

  • l’accélération du Time to Market des projets : les clients viennent plus facilement dans un tiers-lieu, où nous pouvons donc collaborer sur la définition de nouveaux produits innovants, back-tester des modèles, refondre un site internet, et travailler sur le marketing des idées ;
  • la transformation : la collaboration avec le Liberté Living Lab a permis à Lyxor de réfléchir à la transformation du business model, à une nouvelle façon de travailler et même à son rôle en tant qu’agent économique ;
  • l’exploration : grâce aux compétences en Data Management et Data Science des résidents de Liberté Living Lab, Lyxor peut aujourd’hui analyser du contenu non structuré (lettres de gérants partenaires, réseaux sociaux, etc.) et visualiser des phénomènes permettant d’étayer nos points de vue, qu’il s’agisse de recherche ou de marketing stratégique.

Les Asset Managers, comme Fidelity avec Betterment Institutional, ou BBVA Compass avec FutureAdvisor, limitent parfois leurs partenariats avec les FinTechs, pour deux raisons principales :

  • les différences majeures sur les plans culturels et managériaux, des processus opérationnels et de la sécurité ;
  • les inquiétudes liées aux incertitudes réglementaires et à la divergence des business models.

Les plus gros établissements n’hésitent pas à acquérir des pépites prometteuses comme BlackRock avec Future Advisor, Fidelity avec eMoney, ou Invesco avec Jemstep, ou à investir sans acquérir, comme Amundi chez WeSave ou Arkea chez Yomoni.

Pour les Asset Managers, les FinTechs et plus généralement les start-up représentent une opportunité de développement réciproque, comme l’explique Valérie Menu : « Nous sommes fournisseurs d’ETF pour des FinTechs. Pour les robo advisors, nous pouvons fournir des algorithmes d’allocation d’actifs en white labelling, et nous pouvons intégrer du robo advisory dans nos offres. C’est l’avenir. Ni eux ni nous ne pourrons tout faire seul. »

Le facteur vitesse est également essentiel : Alibaba n’a-t-il pas réussi à collecter 81 milliards d’euros d’actifs en neuf mois sur son fonds monétaire Yu’e Bao ?

Un modèle gagnant-gagnant

La France dispose de deux industries de pointe avec la gestion d’actifs et les FinTechs. « La France possède tous les cerveaux nécessaires pour que les acteurs de ces deux industries soient de fabuleux compétiteurs » comme le dit Daniel Roy. Et il poursuit : « La proposition de zone franche telle que celle proposée par le groupe Compétitivité de l’AFG peut permettre d’arrêter la fuite de nos élites qui a, en partie, permis à Londres d’atteindre son niveau actuel. »

La collaboration entre Asset Managers et FinTechs, quel que soit le mode de collaboration choisi, n’est plus une option et chacun a l’opportunité d’accélérer son développement grâce à l’autre. Les domaines de collaboration sont infinis, il est indispensable de faire les bons choix, mais il faut aussi être capable de les remettre en cause rapidement, pour repartir plus fort.

Dès lors que ces deux mondes sauront s’enrichir mutuellement, la Place de Paris n’en sortira que plus forte.

 

[2] L’onboarding désigne le processus visant à établir une relation avec un prospect, définir la meilleure offre possible et préparer le traitement du nouveau client au sein de l’établissement financier. C’est un processus très encadré du point de vue réglementaire (AIFM, UCITS, MIF2, etc.).

 

Sommaire du dossier

Gestion d’actifs: un moment stratégique pour la Place de Paris

Articles du(des) même(s) auteur(s)

Sur le même sujet