BNP Paribas : "Nous souhaitons jouer un rôle dans l'ouverture du marché chinois"

Créé le

16.02.2014

-

Mis à jour le

19.02.2014

Banque de détail, banque commerciale, banque d'affaires, leasing ... BNP Paribas a décliné son organisation internationale en Chine, et se déclare prête à investir encore davantage dans ce pays, si la réglementation le permet à l'avenir.

Pourriez-vous donner une vision d'ensemble sur vos activités en Chine continentale ?

L'histoire de BNP Paribas en Chine a débuté en 1860, avec l'ouverture d'un premier bureau d'escompte à Shanghai. Aujourd'hui nous employons environ 500 personnes en Chine, travaillant sur des activités diversifiées allant des services bancaires aux services financiers. Nous suivons ici notre organisation globale en trois pôles : Retail Banking, Corporate Investment Banking, et Investment Solutions. Notre cœur de clientèle comprend les entreprises multinationales, les entreprises chinoises, les institutions financières et les clients de la banque privée.

Les activités de banque commerciale et d'investissement sont logées au sein de BNP Paribas (China) Limited, une filiale détenue à 100%. Nous avons une expertise en matière de prêts, de financements spécialisés, de couverture des risques, de change ou de taux, de cash management, de services d'accompagnement du commerce international (lettres de crédit et de garantie). Nous sommes un acteur majeur sur l'activité internationale en renminbi. Nous servons aussi la Chine à partir de Hong Kong, en particulier sur le marché des IPO, des obligations CNH [1] (dim sum bonds); nous sommes n°3 sur ce dernier marché. Nous avons également une activité de conseil très solide.

Sur le retail, nous sommes structurés autour de la participation de 16,2% que nous possédons dans la banque de Nankin, et avec laquelle nous avons développé une excellente coopération, notamment en matière de crédit à la consommation et de banque commerciale. Les activités de personal finance ont été intégrées dans ce partenariat en 2010. Nous distribuons donc des prêts personnels, des prêts automobile; nous avons développé des cartes de crédit ensemble.

Arval est actif en Chine depuis un an. Nous offrons maintenant un service de leasing opérationnel pour gérer les flottes de véhicules d'entreprises. Enfin pour finir avec le Retail, BNP Paribas Leasing Solutions vient de signer, le 23 janvier dernier, un accord de partenariat avec Jiangsu Financial Leasing, par lequel nous entrons au capital à hauteur de 6,5%. Il s'agit de développer l'activité de vendor leasing, et d'accompagner dans ce pays nos grands clients internationaux.

Au sein du pôle Investment Solutions nous avons conclu depuis 2003 un important partenariat avec Haitong Securities. Nous avons créé une joint venture importante dans la gestion d'actifs et dont nous possédons 49%, HFT Investment Management. BNP Paribas Cardif est également entré dans un partenariat avec la Bank of Beijing, en juillet 2013, pour développer des produits d'assurance-vie etd e prévoyance dans le cadre d'une joint venture 50/50. Notre activité de banque privée est logée au sein de notre entité locale, BNP Paribas, China Limited. Enfin nous avons une participation de 10% dans un fonds de private equity chinois, China Belgium Equity Investment Fund, actif sur le marché des PME, et qui est un héritage de Fortis.

Je tiens  aussi à mentionner que l'Atelier, notre cellule sur l'innovation digitale, est active à Shanghai.

Tout cela fait de BNP Paribas un acteur global, et très actif sur la Chine.

Quelle est votre stratégie sur le secteur de l'automobile ?

Sur le secteur de l'automobile, nous avons principalement deux angles de développement.  BNP Paribas Personal Finance a signé avec Geely Automobile Holding Ltd au mois de décembre dernier un accord pour créer une société commune pour financer les ventes de voitures en Chine. Le capital de la société sera de 800 M RMB et détenu à hauteur de 20% par BNP Paribas Personal Finance. La JV financera les distributeurs et les acheteurs particuliers. Le marché chinois de l’automobile continue effectivement de croitre (+13% en 2013) et les consommateurs recherchent de nouveaux services de financement sur ce marché. Ce nouvel investissement représente un pas important pour notre activité en Chine.

Deuxième axe de développement, Arval vient de signer un accord de coopération avec Banque de Nankinpour accélérer son développement dans les régions où la Banque de Nankin est active. Le marché de leasing opérationnel est extrêmement récent en Chine et nous voulons accompagner son développement.

Comment les Chinois financent-ils leur achat automobile à l'heure actuelle ?

Seulement 10% des ventes sont financés par des financements-auto alors que le crédit automobile représente 75% des ventes en France. Des prêts bancaires pour les particuliers sont également distribués. Nous sommes convaincus que notre expertise en la matière aidera au développement de ce marché.

En 2013 vous avez déclaré que l'Asie était une zone prioritaire pour BNP, quel sont vos axes stratégiques de développement sur la Chine ?

Il est vrai que nous avons un plan "Asie" important, et au cœur duquel se situe la Chine. C'est un pays dans lequel nous croyons beaucoup, il s’agit d’un effort  à moyen terme, même si nous souhaitons des résultats rapides.

Il faut rappeler que l'ensemble des actifs bancaires des banques étrangères en Chine représente environ 1,8% des actifs bancaires chinois. Donc par définition nous sommes petits face à la réalité de ce grand pays, et nous voulons croître. Comment ? Nous voulons approfondir nos différentes franchises clientèle, tant sur le segment des corporate que des institutions financières, aussi bien sur les multinationales que les entités locales.

Un vent de réformes souffle en Chine et vise à établir une transition vers une nouvelle économie. Ces réformes vont modifier le marché en profondeur, mais devraient aussi donner de nouvelles chances à chacun. Nous voulons faire partie de ce mouvement.

En termes de métiers, nous faisons un travail important sur les métiers de flux. Mais nous investissons également sur les métiers de couverture de risque (de change, de taux ou de prix), et sur l'activité de conseil.

BNP Paribas a une franchise globale et souhaite défendre cette globalité en Chine. Nous voulons être un pont entre la Chine et les grandes zones économiques dans lesquelles nous sommes présents, et dans le même temps nous voulons accroître notre activité commerciale locale.

Si les réformes incluent un assouplissement des règles régissant les prises de participation des investisseurs étrangers, seriez-vous amenés à augmenter vos participations ?

L'activité des banques étrangères est effectivement encadrée par des limites importantes, et qui dépendent de la nature des acteurs financiers dans lequel vous voulez investir:

Un investisseur étranger ne peut pas contrôler plus de 20% du capital d'une banque chinoise, plus de 49% d'une société de gestion d'actifs ou d'une securities house. Ces contraintes ont certainement été très utiles à la Chine il y a 10 ou 20 ans de cela, elles lui ont permis de développer son propre système bancaire et financier à l'abri d'un système financier international qui était certainement trop puissant à l'origine par rapport à une Chine qui commençaient ses réformes.

Mais aujourd’hui, les banques chinoises comptent parmi les plus importantes au monde. Les régulateurs en sont conscients: l'urgence n'est plus de protéger ce secteur, mais au contraire de l'ouvrir à plus de concurrence, pour continuer à le moderniser, et l'inciter à mieux s'adapter à l'évolution de l'économie chinoise. Bien entendu BNP Paribas est favorable à une telle ouverture.

Nous sommes très positifs sur l'engagement des réformes en Chine.Chaque jour dans la presse internationale, vous pouvez lire des articles sur les nombreux problèmes auxquels la Chine est confrontée. Ces problèmes sont réels, importants, à l'échelle du pays. Mais notre confiance vient du fait que l'Etat comme les régulateurs les ont parfaitement identifiés; minutieusement analysés et pris en compte. La volonté et la capacité de les traiter ne fait aucun doute.

Vous ne rejoignez donc pas le concert de ceux qui s'inquiètent de l'ampleur du shadow banking ?

Nous ne sommes pas naïfs, le problème est effectivement très important. Mais le shadow banking est multiforme, et rappelons  qu’une large part provient du financement, puis refinancement, du plan de soutien à l'économie de 2008- 2009 [2] , après la crise financière initiée par la faillite de Lehman Borthers

Actuellement la politique monétaire de la PBoC tente de contrôler la croissance du crédit, de mieux le canaliser et de mieux le réglementer. Dernier aspect, si la libéralisation du Renminbi est extrêmement rapide en ce qui concerne les flux de paiement commerciaux, les mouvements de capitaux et d’investissement sont encore très contrôlés,  ce qui isole encore largement le système financier chinois. C’est actuellement une sorte de protection contre des mouvements extérieurs, éventuellement brutaux, et donc la possibilité de réformer le système dans un cadre relativement contrôlé. Il s'agit de ne pas brusquer l'agenda pour éviter une crise majeure. Et les responsables ont bien la volonté de lisser les réformes pour contenir une éventuelle crise.

On parle beaucoup de la free trade zone (FTZ) de Shanghai, avez-vous prévu de vous y installer ?

Nous y sommes déjà ! Et ce dès son ouverture ! BNP Paribas a été parmi les toutes premières institutions internationales à enregistrer une entité dans la FTZ, active dans les produits dérivés de matières premières qui offre des solutions de couverture pour nos clients. Et puis deuxième entité du groupe pour cette FTZ,  notre banque commerciale locale, BNP Paribas (China) Limited, vient de recevoir l'autorisation d'y enregistrer une agence.

Cette FTZ fait beaucoup parler d'elle, c'est certainement la marque d'un engagement fort de l'Etat dans la voie des réformes. Nous considérons que cette zone apportera des avancées majeures notamment dans le processus d'internationalisation du renminbi. Enormément de points restent à définir, il y a beaucoup d'inconnues. Mais certains disent que cette FTZ va être pour la finance ce que la première zone économique de Shenzen, crée en 1980, a été pour l'industrie. Là encore, nous voulons en être.

1 Renmibi offshore, lancé en juillet 2010 par les autorités de Hong-Kong et de Chine. 2 Lire à ce sujet l'article paru dans le Revue Banque n° 752, intitulé "Shadow banking en Chine : risqué ou dangereux ?" (octobre 2012).

Notes :
1 Renmibi offshore, lancé en juillet 2010 par les autorités de Hong-Kong et de Chine.
2 Lire à ce sujet l'article paru dans le Revue Banque n° 752, intitulé "Shadow banking en Chine : risqué ou dangereux ?" (octobre 2012).