Financement participatif

Spear : une plate-forme de crowdfunding solidaire

Créé le

06.03.2015

-

Mis à jour le

10.03.2015

La vague du financement participatif observée en France éclabousse aussi le secteur de l’économie sociale et solidaire. Plusieurs plates-formes de crowdfunding solidaires ont vu le jour, essentiellement via des dons et des prêts non rémunérés. Spear a opté pour un modèle différenciant de prêts rémunérés et a pour cela noué des partenariats avec les banques.

Quelle est la cible de votre plate-forme de financement participatif ?

Suite à la crise financière de 2008, les fondateurs de Spear ont eu la volonté de donner aux gens la possibilité d’épargner de manière plus transparente. Simultanément, on constatait une restriction des crédits bancaires, notamment au profit des projets à impact social. C’est ainsi qu’ils ont conçu Spear comme une plate-forme de crowdfunding solidaire, permettant à des projets à forte plus-value sociale, environnementale ou culturelle d’accéder à des financements.

Pourquoi intégrer la dimension culturelle dans le champ du social ?

Cela nous paraissait naturel et nous ne voyons pas de dichotomie entre les deux champs. Nous avons par exemple soutenu l’incubateur dédié à la création artistique ICI Montreuil. C’est une manière de soutenir le développement d’une ville comme Montreuil, qui passe beaucoup par le secteur culturel.

Pourquoi avoir fait le choix d’être une plate-forme de prêts rémunérés ?

Effectivement, nous ne nous sommes positionnés ni sur le don, ni sur les microcrédits non rémunérés comme Babyloan. Nous intervenons comme intermédiaire en financement bancaire et nous cherchons à ce que chacun soit gagnant : les porteurs de projets, car ils obtiennent des crédits à taux minorés par rapport à ce qu’ils auraient obtenu en s’adressant en direct aux banques, comme les épargnants, qui placent leur argent de manière responsable. Nous allons à l’encontre de l’idée que le financement de l’économie sociale et solidaire doit obligatoirement se faire par du don ou des prêts à taux zéro.

Votre modèle fait intervenir des banques partenaires. Comment vous répartissez-vous les rôles ?

Spear reçoit les demandes de financement des porteurs de projet. Trois analystes les étudient, à la fois sur la base de leur impact social, environnemental et culturel, et sous l’angle de la viabilité de leur modèle économique. Nous avons notre propre grille d’évaluation interne. Si un projet est sélectionné, il est transmis à nos partenaires bancaires, en l’occurrence Société Générale, le Crédit Coopératif, CMP Banque et, pour quelques dossiers, BNP Paribas. Elles analysent à leur tour le projet sous l’angle de la viabilité économique et décident ou non d’octroyer un prêt. Si c’est le cas, le projet est mis en ligne sur notre plate-forme et proposé aux épargnants. C’est alors que commence la phase de collecte de l’épargne qui sera placée sur un compte à terme spécifique chez la banque qui aura accepté le financement. L’épargnant, lui, devient sociétaire de Spear, qui est organisé sous forme de coopérative. C’est sécurisant pour eux : c’est la banque qui assume le risque de défaut, ce qui n’est encore jamais arrivé sur les 22 projets financés. Le risque est de toute façon faible en raison de la double validation du modèle économique, à la fois par Spear et par la banque.

Quel est le bénéfice pour les banques partenaires ?

Nous leur offrons la possibilité de financer des projets socialement responsables avec plus de visibilité. Nous leur apportons également de la liquidité : les banques portent le risque de défaut et nous levons des ressources pour elles sur les comptes à terme. Elles entrent aussi en contact avec de nouveaux clients, tant via les entreprises financées que les épargnants. Spear propose une offre novatrice et moderne : du financement 2.0 par le web véhiculant des valeurs sociales, environnementales et culturelles. C’est un atout commercial pour les banques. Nous sommes enfin en train de développer un nouveau mode de sélection des projets : ce sont les banques qui reçoivent des porteurs à la recherche de financement et qui leur proposent de passer par Spear. Elles trouvent ainsi les ressources pour ces prêts. Ce système d’inversion des flux est en train d’être testé avec Société Générale.

Le fait qu’il s’agisse de prêts rémunérés nécessite que les projets génèrent des revenus par leur activité. Auriez-vous des exemples ?

Ce sont des associations ou des entreprises sociales mais dont le modèle a une forte viabilité économique. Nous avons par exemple financé des « écolo-crèches » du réseau Tribuverte, qui offrent un service de garde d’enfants rémunéré en suivant les principes du développement durable. Ce sont parfois des entreprises en phase d’amorçage, comme Kialatok, qui propose des cours de cuisine du monde dispensés par des personnes qui ont des difficultés d’accès à l’emploi.

À combien s’élèvent les prêts que vous accordez ?

C’est assez variable : de 30 000 à 800 000 euros, et 250 000 euros en moyenne, sur des maturités allant de 3 à 20 ans. Suivant les projets financés, entre 20 et 80 épargnants sont mobilisés, soit une épargne moyenne de nos sociétaires comprise entre 4 500 et 5 000 euros. Par ailleurs, n’étant pas sous le statut d’intermédiaire en financement participatif créé par le décret d’octobre 2014 mais sous celui de courtier en opération de banque et en services de paiement, nous ne sommes pas soumis à un plafond d’épargne maximum [1] . Le statut coopératif nous correspond par ailleurs bien, avec une gouvernance fondée sur le principe « une personne, une voix ».

Quel est le profil des épargnants ?

Là encore, c’est variable, mais il tend à se diversifier. L’épargnant moyen a 45 ans et occupe des fonctions de cadre. Mais nous avons également des jeunes et des retraités. La taille du patrimoine compte peu, car on peut épargner à partir de 100 euros et on bénéficie d’avantages fiscaux, tant sur l’impôt sur le revenu que sur l’impôt de solidarité sur la fortune, au travers des lois TEPA et Madelin.

Quel suivi des projets assurez-vous ?

Nous envoyons un reporting annuel aux épargnants sur les projets qu’ils ont financés. Ils sont en demande de ce suivi. Parfois, ils entrent même en contact direct avec le porteur de projet pour échanger. L’idée est que Spear ne soit pas un simple financeur.

1 Le décret n° 2014-1053 du 16 septembre 2014 prévoit que les projets financés via un intermédiaire en financement participatif (IFP) ne peuvent dépasser un million d’euros, chaque prêteur ne pouvant apporter que 1000 euros pour une durée de 7 ans maximum. Le plafond est de 4 000 euros en cas de prêt sans intérêt, ndlr.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº334
Notes :
1 Le décret n° 2014-1053 du 16 septembre 2014 prévoit que les projets financés via un intermédiaire en financement participatif (IFP) ne peuvent dépasser un million d’euros, chaque prêteur ne pouvant apporter que 1000 euros pour une durée de 7 ans maximum. Le plafond est de 4 000 euros en cas de prêt sans intérêt, ndlr.