Moyens de paiement

« Le plus important pour la réflexion est la disparition possible du modèle économique actuel de la carte »

Didier Geiben, qui vient de publier Cartes de paiement : nouveaux enjeux et perspectives (RB Edition), revient sur les faits marquants du secteur des moyens de paiement ces dernières années et les perspectives à moyen terme pour les acteurs.

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Quelles ont été, ces dernières années, les évolutions majeures dans le paysage des moyens de paiement et plus particulièrement dans celui des cartes ?

La carte de paiement a connu une croissance continue avec une dizaine de millions de cartes supplémentaires en cinq ans (pour atteindre 60 millions) à fin 2010 et un taux d’usage en croissance. On est donc proche d’un équipement complet de la population française bancarisée. Cette dynamique est le résultat d’une activité marketing plus intense et efficace de la part des banques. L’innovation dans les produits a commencé à s’exprimer vers 2008 avec une multitude de visuels et produits nouveaux, plus segmentants, des programmes affinitaires et de fidélisation. L’usage du chèque s’érode de ce fait un peu plus tous les ans et de nouvelles cartes à option comptant/crédit favorisent des paiements de plus gros montant. Le développement de l’acceptation a notamment continué avec l’e-commerce et une confiance accrue des consommateurs. Il y a encore de significatifs espaces de croissance dans leur utilisation afin de capter des flux chèques et espèces, ce dernier moyen de paiement restant encore d’un usage très fréquent. L’arrivée de la grande distribution dans le paysage des cartes a fait progresser le cobranding, mais le véritable cobranding avec de grandes marques n’a pas décollé, faute de modèle économique convaincant tant pour les banques que pour les marques. Ce cobranding des cartes pourrait repartir cependant avec des modèles plus innovants dans quelques années.

Quelles perspectives les banques ont-elles avec l’apparition des nouveaux établissements de paiement non bancaires ?

Il faut noter deux événements majeurs en termes d’environnement concurrentiel : la mise en place de moyens de paiement au niveau européen avec le SEPA et la directive européenne sur les services de paiement, qui définit un cadre juridique européen pour la gestion des moyens de paiement.

À propos du SEPA qui doit abolir les barrières domestiques par une harmonisation européenne, il reste beaucoup à faire, ce qui sera sans doute plus long que prévu. Quant à la DSP elle introduit à la fois plus de concurrence, en particulier sur des marchés de niches, et plus de services innovants, ce qui oblige les banques à approfondir leur réflexion marketing et à être plus réactives aux innovations que les établissements de paiement non bancaires pourraient mettre en œuvre. À court et moyen termes les banques ne semblent pas menacées par ces nouveaux acteurs qui devraient rester marginaux

Les dernières évolutions technologiques – paiement sans contact, Internet mobile – menacent-elles les cartes de paiement « classiques » ?

À court et moyen termes (3 à 5 ans), non. À plus long terme c’est possible, voire probable. De nouveaux écosystèmes de paiement se mettront en place avec de nouveaux acteurs, de nouvelles chaînes de valeur que nous ne connaissons pas encore. On parle très souvent de Google dans le paiement mais n’oublions pas que de nombreux projets d’innovation de Google n’arrivent pas à leur terme. Est-ce que cela sera Apple, Microsoft, les opérateurs télécoms, de nouvelles start-ups ? Nul ne le sait encore. Ce que l’on voit émerger, c’est une convergence qui va aller en s’accélérant entre les moyens de paiement traditionnels du commerce physique (c’est-à-dire les cartes) et les nouveaux moyens de paiement du commerce sur Internet, qui tirent l’innovation. La sophistication des terminaux mobiles, la puissance des réseaux et des logiciels, le cloud vont faciliter cette convergence avec des parcours clients très simples et intuitifs, et des services qui dépasseront le simple paiement. À ce moment-là, la carte physique et le terminal point de vente que nous connaissons aujourd’hui pourraient être marginalisés. Le plus important pour la réflexion ce n’est pas la disparition du plastique ou du TPE, mais celle possible du modèle économique actuel de la carte et une évolution des jeux d’acteurs.

Regardons du côté de certains pays en voie de développement, comme l’Afrique ou l’Asie, où des populations peu ou pas bancarisées voient l’émergence de nouveaux modèles de paiement mobile et ne passeront sans doute jamais par le modèle carte que nous connaissons.

 

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