Inclusion financière

MasterCard, artisan de l'interopérabilité

Créé le

08.04.2015

-

Mis à jour le

13.04.2015

Sur le continent africain, MasterCard œuvre à la mise en place d'infrastructures multiopérateur et multipays, afin de faciliter le développement de transactions aujourd'hui limitées par des systèmes en silo.

Comment MasterCard conçoit-il son action sur le marché africain ?

Pour MasterCard, l'Afrique est un marché d'opportunités, notamment celle de se positionner sur le marché des paiements ; mais de façon plus importante, c'est également un continent où il faut réfléchir à améliorer le quotidien des clients et des consommateurs. La technologie et les paiements en particulier peuvent y contribuer. La gestion des identités, l'épargne, la santé sont des domaines d'action que nous avons identifiés.

Il ne s'agit pas uniquement de permettre aux gens de payer plus facilement. C'est tout le concept d'inclusion financière qui doit être considéré.

Dans quelles circonstances le projet de laboratoire de R&D a-t-il vu le jour au Kenya ?

Nous avions depuis longtemps le projet de créer un « lab » en Afrique. Notre groupe en a déjà établi à Singapour, en Europe, et quelques-uns aux États-Unis. Nous avons choisi d’implanter le dernier en date au Kenya, pour nous concentrer en tout premier lieu sur les technologies autour de l'inclusion financière en Afrique.

Les recrutements se sont faits en local, car nous souhaitons également créer des talents, et réfléchir de façon plus concrète aux problématiques de ce continent. La raison en est simple : pour mettre en place des solutions abordables, il faut qu'elles puissent être largement adoptées. Trop d'offres sont lancées qui ne peuvent être utilisées que par des franges restreintes de consommateurs. Ce n'est pas ce que les consommateurs souhaitent. Pouvoir envoyer de l'argent à 20 % des gens que vous connaissez, ce n'est pas vraiment intéressant, de même que payer les factures d'un seul de vos fournisseurs ne vous rend pas service.

Nous cherchons donc à mettre en avant des composants qui peuvent permettre l'intégration de solutions multiples, pour le bénéfice des gouvernements et celui des consommateurs. Toutes ces pièces mises ensemble font sens pour le consommateur, car cela rend le mobile money et les paiements mobiles simples d’utilisation.

Quels sont les principaux domaines de recherche de ce laboratoire ?

En tout premier lieu, ce laboratoire se consacre à des travaux sur l’inclusion financière : les technologies qu’il est nécessaire de mettre en place afin que l’argent circule de façon plus efficiente, la marche à suivre pour soutenir le déploiement de solution de cartes d’identité.

Nous nous intéressons également aux commerçants. Nous cherchons à les inciter à adopter des technologies plus efficaces, plus élaborées, afin de fluidifier les processus de paiement.

Nous nous attachons enfin à affiner notre connaissance des besoins des gouvernements, notamment dans le domaine des prestations sociales. Il s’agit non seulement de les amener à envisager de nouveaux usages, mais également de les sensibiliser aux enjeux liés à la collecte de ces nouvelles données.

Nous essayons de présenter ces nouveautés sous un angle résolument positif. Nous menons par ailleurs une démarche d’open data afin d’encourager les parties prenantes à découvrir par elles-mêmes des usages liés à ces données.

Comment s'est noué le partenariat avec la Bill et Melinda Gates Foundation ?

Les discussions se sont étalées sur plus d'une année. Nous avons abondamment échangé sur notre vision de l'inclusion, de l'inclusion financière, sur la façon dont MasterCard souhaite contribuer au développement social du continent africain.

Ces échanges nous ont permis de déterminer l'existence de besoins spécifiques et d'innovation pour le continent africain. En effet, les développements réalisés dans d'autres zones émergentes comme l'Asie ou l'Amérique latine ne correspondent pas forcément aux besoins des consommateurs africains, parce que le point de départ est différent, tout simplement.

Quel est l’apport de la Banque Africaine de Développement (BAD) dans ce projet ?

Outre sa participation financière au projet, la BAD joue le rôle de facilitateur auprès des gouvernements, afin de négocier des évolutions dans les politiques et les réglementations [1] .

Pouvez-vous décrire en quoi consiste votre projet autour des cartes d’identité ?

Nous travaillons à ce projet en étroite collaboration avec les autorités nigériannes depuis un an. Cette carte certifie l'identité du porteur grâce à des éléments biométriques ; elle est également dotée d’une puce qui permet de faire des paiements. Nous avons perçu l'intérêt de cette solution pour les gouvernements soucieux de verser les prestations sociales de façon certaine et efficace. Lorsqu'une personne décède, les versements peuvent être stoppés de façon simple.

De même, les salaires peuvent être versés sur cette carte. L'un des employés d'une société ayant opté pour ce système s'était étonné, il pensait avoir été augmenté. Je lui ai expliqué que ce n'était pas le cas, mais que désormais il n'y avait plus aucun intermédiaire.

La solution intéresse également les commerçants. Si je suis un fournisseur de utility, et que je vends par exemple de l’électricité prépayée – en Afrique, vous achetez votre électricité à l’heure, vos consommations téléphoniques à la minute –, les paiements mobiles rendent les transactions beaucoup plus faciles, avec cette intégration à la carte d’identité.

Nous nous sommes posé la question de savoir ce qui faisait sens pour le consommateur. Dans bien des pays, les prestations sociales sont payées en espèces. Cela pose des problèmes de respect de la vie privée, c'est difficile à collecter et à transporter… C’est la raison pour laquelle le gouvernement a œuvré pour que ce projet voie le jour. Les transports, les frais de santé ou les allocations peuvent désormais être réglés de façon plus transparente.

Ce projet a fait l’objet d’un accord avec Access Bank. Avez-vous pour projet de nouer des partenariats avec d'autres établissements bancaires au Nigéria ?

Cette carte est appelée à fonctionner avec plusieurs établissements bancaires. Cependant, c'est au porteur de la carte de décider s'il souhaite connecter sa carte avec un compte bancaire.

Avez-vous des projets similaires dans d’autres pays africains ?

Nous avons bien entendu le projet de proposer une solution identique à d’autres pays (voir Encadré).

Les transferts d’argent à l’international continuent de progresser. Quelle est votre stratégie en la matière ?

En 2013, nous avons monté HomeSend, une joint-venture avec eServGlobal et BICS, une entreprise belge de télécoms. Cette plate-forme fonctionne comme un hub et permet de connecter des opérateurs aussi différents que des banques, des acteurs traditionnels du transfert d’argent ou des opérateurs de mobile money, et faciliter ainsi l’interopérabilité et les transactions multi-opérateurs et transfrontières. Opérationnel dans cinquante pays, HomeSend offre également des services de transferts d’argent à l’international (remittances). Nous sommes aujourd'hui le meilleur canal permettant d'envoyer de l'argent dans le monde entier.

C’est aussi dans cette optique que nous avons signé, dès 2011, un accord de partenariat avec Western Union, afin de développer les remittances. (transferts d’argent internationaux).

Quel intérêt voyez-vous à l’interopérabilité ?

Entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire par exemple, il existe de grands mouvements de migration. Ces gens envoient de l'argent à leurs proches. Les opérateurs ne sont pas connectés entre eux. Pourtant les consommateurs veulent désormais disposer d'un seul service par pays.

Nous combinons différents éléments pour élaborer une offre, et créer les circonstances de cette interopérabilité. Nous ne souhaitons pas être les fournisseurs uniques. Mais notre discours est le suivant auprès des acteurs de ce marché : quoi que vous mettiez en place, cela doit être ouvert parce que c'est ce que les consommateurs souhaitent. Les solutions partielles sont appelées à échouer.

Étudiez-vous également l’opportunité de développer le paiement sans contact en Afrique ?

Tout à fait. Le sans contact est une nouvelle façon de connecter des terminaux. Nous voyons des opportunités dans ce domaine dans certains pays du continent africain, où les paiements sont plus développés que dans d’autres.

L’adoption du NFC [1] sera acquise à partir du moment où les consommateurs seront équipés de téléphones compatibles ; les commerçants se montreront également intéressés. L’arrivée sur le marché de smartphones « à bas prix », c’est-à-dire à des prix abordables pour le continent, donne à penser que le paiement sans contact s’installera progressivement dans les usages.

Il y a deux ans, les smartphones les moins chers coûtaient entre 200 et 300 dollars. On en trouve déjà à 100 dollars. Ces appareils deviennent de plus en plus abordables, pour une proportion sans cesse croissante de consommateurs. Dans le même temps, l’ergonomie des interfaces évolue et offre une plus grande simplicité d’utilisation, ce qui correspond à une attente forte de la part des utilisateurs. Cependant, le NFC ne tuera pas la carte.

La technologie HCE [2] est-elle jugée prometteuse pour le continent africain ?

La principale problématique qui doit être résolue dans le domaine des paiements est celle de la sécurité. Par le passé, la solution technologique qui faisait consensus était celle de la puce, intégrée à la carte bancaire. La technologie HCE est une solution alternative, qui permet de stocker les informations et de gérer la sécurité dans le cloud.

Vous n’êtes plus dépendant de la présence ou non d’une puce dans votre terminal. Vous pouvez désormais télécharger une application que vous utiliserez dans votre smartphone.

Cette technologie est donc tout à fait opportune pour le continent africain, dans la mesure où le taux de pénétration des smartphones décolle. Dans certains pays, nous pensons pouvoir lancer très prochainement des applications basées sur le cloud.

L’autre facteur est celui, déjà évoqué, des usages des consommateurs. Comment les faire évoluer afin de diminuer le recours aux espèces ?

Une fois ces deux facteurs – sécurité et équipement – réunis, démarre la migration vers de nouvelles technologies.

D’après votre expérience, quels sont les marchés les plus avancés et prometteurs sur le continent africain ?

De façon très nette, l’Afrique du Sud se détache du lot. Des technologies d’authentification biométriques y ont déjà été mises en œuvre, depuis plusieurs années. Ensuite vient le Kenya, où nous développons des solutions innovantes, et le Nigéria, bien entendu.

1 La BAD et MasterCard ont annoncé un partenariat le 22 janvier 2015, à Davos. Outre l’appui de la BAD dans le cadre de négociations avec les États, les deux organisations prévoient des investissements communs dans des entreprises innovantes du secteur financier, et le développement d’échanges entre les secteurs universitaire, politique et commercial, la ligne directrice de ces initiatives étant l’inclusion financière. 1 Near Field Communication, technologie permettant d'effectuer des paiements sans contact. 2 Host Card Emulation

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº335
Notes :
1 Near Field Communication, technologie permettant d'effectuer des paiements sans contact.
2 Host Card Emulation