UEM

Renforcement de la zone euro : le compte n’y est pas

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

Introduction

Renforcement de la zone euro : le compte n’y est pas

À l’heure où de nombreux observateurs soulignent le risque d'une nouvelle crise, le fonctionnement de l’Union économique et monétaire (UEM) n’est toujours pas optimal, malgré les dernières avancées. Un véritable budget de la zone euro ou encore le troisième pilier de l’Union bancaire sont toujours manquants. Il est difficile, dans ces conditions, d’agir en amont pour prévenir la crise. Toutefois, les outils pour agir dans l’urgence sont plus satisfaisants.

Renforcement de la zone euro : le compte n’y est pas

Tandis que de nombreuses voix s’élèvent pour annoncer la prochaine crise, l’économiste Patrick Artus estime que le risque est faible à court terme mais qu’à moyen terme, la probabilité de voir une nouvelle crise financière éclater est forte. Bien sûr, le niveau des taux est au cœur des différents scénarios. Qu’ils montent ou qu’ils restent bas, la stabilité financière devrait en pâtir, à en croire le chef économiste de Natixis.

L’heure est également à l’inquiétude pour Gilles Moec, chef économiste du Groupe AXA, qui voit la récession se profiler à l’horizon. Pour lui, face à cette menace, « l’évidence est là : il faut une relance budgétaire si ce n’est centralisée, à tout le moins coordonnée. Une telle solution serait souhaitable, de notre point de vue, mais cette “troisième étape” de l’intégration économique et politique de la zone euro nous paraît bien difficile à faire éclore. Il est malheureusement possible que la zone euro se soit installée dans un équilibre institutionnel essentiellement sous-optimal et fragile, avec un rôle démesuré dévolu à la banque centrale, mais finalement “acceptable” pour beaucoup de pays membres. »

Embryon de budget

Pourtant, un pas supplémentaire vers l’achèvement de l’UEM a été franchi récemment avec la création d’un embryon de budget. Le ministre français de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire s’est réjoui de la création de cet outil : « Il existe désormais un budget pour la zone euro qui sera opérationnel en 2021 », a-t-il annoncé à l’issue de la réunion de l’Eurogroupe des 13 et 14 juin 2019, qui a officialisé l’accord. En réalité, le nouvel outil, baptisé Instrument budgétaire pour la convergence et la compétitivité (IBCC), est avant tout bâti pour soutenir les pays membres qui engagent les réformes structurelles tant souhaitées par les pays du nord de la zone euro. L’objectif de stabilisation de la zone euro a, quant à lui, disparu, comme le souhaitaient les Pays-Bas. Cet objectif permettrait, en cas de crise, de soutenir les fonctions de stabilisation automatiques (indemnités chômage, investissement public…).

Le lien banques-États perdure

La mise en place d’un véritable budget de la zone euro n’est pas le seul dossier en attente dans le vaste chantier du renforcement de l’UEM. Citons également l’achèvement de l’Union bancaire. Le verrou majeur bloquant les avancées dans ce domaine est le lien, qui existe toujours, entre les banques et les États où se trouve leur siège (notamment au travers des obligations souveraines qu’elles détiennent). Les débats sont encore vifs pour savoir comment briser ce lien. Pour sa part, l’économiste Nicolas Véron (voir son interview) soutient l’idée de créer un mécanisme qui inciterait les banques à diversifier davantage leur risque : « Introduire des charges de concentration pousserait les établissements à déconcentrer le risque. Par exemple si l’exposition d’une banque à son souverain dépassait un tiers du capital tier 1, une charge en capital augmenterait en fonction du degré de concentration. »

Une Union des marchés de capitaux (UMC) ou encore un Fonds monétaire européen permettraient également de renforcer la zone euro (voir l’article de Dominique Perrut pour une vision complète des étapes nécessaires à l’achèvement de l’UEM). Sur chacun des dossiers, les vives tensions entre les États au sein du Conseil ou de l’Eurogroupe expliquent la lenteur à laquelle le chantier avance. C’est ainsi que Lorène Weber et Jean-Robert Léonhard de Confrontations Europe (voir leur article) accusent la dimension intergouvernementale des institutions européennes de paralyser la zone euro.

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

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