Les banques centrales face au Covid 19

Le non-conventionnel devient-il la nouvelle normalité ?

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

Introduction

Le non-conventionnel devient-il la nouvelle normalité ?

La crise liée au Covid-19 est survenue alors que les politiques monétaires menées par les principales banques centrales étaient déjà très accommodantes. Critiqués avant cette crise par nombre d’observateurs, les taux durablement bas pourraient devenir la « nouvelle normalité », tout comme le recours fréquent au quantitative easing.

La politique monétaire défend l’économie contre les effets du Covid 19

Si la baisse des taux par les banques centrales, dans le sillage de la crise financière de 2007-2008, n’a guère suscité de critique, leur maintien sur le long terme à des niveaux extrêmement bas faisait l’objet de nombreuses oppositions avant que la crise liée au Covid-19 ne surgisse. Désormais, le moment de la remontée des taux ressemble à une ligne d’horizon, qui recule à mesure que l’on avance. Et leur marge de manœuvre sur les taux étant faible, voire nulle, les banques centrales doivent manier l’outil du « quantitative easing » (achats de titres sur le marché). Ces interventions sur les marchés se seraient peut-être imposées quel qu’ait été le niveau des taux quand la crise sanitaire a éclaté mais des taux déjà bas constituent une raison supplémentaire, pour les banques centrales, de recourir à des outils autres que la baisse des taux.

La crise du Covid-19 pousse les banquiers centraux à poursuivre – en allant encore plus loin – dans la voie d'une politique dite « non conventionnelle » initiée par la Fed pour répondre au défi de la crise financière de 2007-2008. Pour Gilles Moëc, chef économiste du Groupe AXA, « parler de “politique non conventionnelle” à propos des banques centrales ne fait plus vraiment sens. Ce qui était exceptionnel est sans doute devenu la “nouvelle normalité” ».

Lagarde dans les pas de Draghi

Christine Lagarde, qui se définissait, à son arrivée à la tête de la BCE, comme une chouette, ne voulant pas choisir entre le camp des colombes (favorables à la politique accommodante) et celui des faucons (favorables à une politique plus stricte) va finalement encore plus loin dans la voie défrichée par Mario Draghi, comme l'explique Frederik Ducrozet, stratégiste chez Pictet Wealth Management (voir son article).

Les taux bas sont donc bas pour longtemps et dans le cas de la zone euro, la politique monétaire ne dépend pas seulement du contexte sanitaire et économique selon Patrick Artus, chef économiste de Natixis : pour que la BCE puisse envisager de mettre fin à sa politique de taux bas, l’introduction d'une dose de fédéralisme au sein de la zone euro est indispensable. En effet, selon l’économiste, « pour éviter l’éclatement de la zone euro, il faut […] du fédéralisme, défini ici comme un mécanisme qui transfère du revenu des pays plus riches vers les pays plus pauvres pour éviter la divergence des niveaux de vie. En l’absence de fédéralisme budgétaire, c’est la politique monétaire, depuis l’arrivée de M. Draghi à la BCE, qui a tenu ce rôle. […] En effet, les taux d’intérêt très bas constituent une taxe sur les pays prêteurs, qui sont aussi les pays riches (Allemagne, Pays-Bas) au profit des pays emprunteurs qui sont aussi les pays plus pauvres de la zone euro (Espagne, Italie, Portugal, Grèce) ».

Un système de tiering mis en place par la BCE

Les risques que font encourir à l’économie des taux durablement bas ont souvent été décrits : incitation à un endettement excessif, maintien d’entreprises « zombies » (qui ne survivent que par la dette bon marché), fuite de l’épargne vers l’immobilier… Et dans le cas des établissements bancaires, les taux bas ont, sur la durée, un effet délétère sur la rentabilité de leur activité de prêteur, selon Laurent Quignon, responsable Économie bancaire chez BNP Paribas (voir son article).

Pour que les banques ne souffrent pas excessivement des taux négatifs que subit une partie des réserves qu’elles confient à la BCE, celle-ci a annoncé le 12 septembre 2019 un système de tiering. Pour les économistes Christophe Blot (Science Po-OFCE, Université de Nanterre) et Paul Hubert (Science Po-OFCE), ces taux négatifs n’ont guère d’impact sur la rentabilité des établissements et le système de tiering devrait avoir des effets très disparates sur les établissements de la zone euro (voir leur article).

Avec le maintien des taux bas (voire négatifs) et le renouvellement du quantitative easing les banques centrales continuent de manier des outils dont les effets sur le long terme suscitent le débat parmi les économistes. S. G.

Achevé de rédiger le 8 avril 2020.

 

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

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