Liquidité : les grandes manœuvres

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

Introduction

Liquidité : les grandes manœuvres

De Northern Rock à l’arrêt du marché interbancaire, la crise a rappelé que la liquidité n’était ni infinie ni gratuite. Le Comité de Bâle a introduit de nouvelles exigences quantitatives à travers les ratios du LCR et du NSFR. Une initiative saluée par les banques sur le principe mais pas sur le calibrage choisi. Elles réfléchissent aux orientations stratégiques qu’elles devront prendre pour se conformer, en continuant de militer pour que l’Europe atténue ces ratios.

Liquidité : les grandes manœuvres

De Northern Rock à l’arrêt du marché interbancaire, la crise a rappelé aux banques que la liquidité n’était pas une ressource infinie et quasiment gratuite. Elle constitue un risque à piloter finement car létal à très court terme. En décembre 2010, les régulateurs internationaux du Comité de Bâle ont introduit deux nouveaux ratios pour encadrer la gestion de la liquidité par les banques : l’un vise à s’assurer qu’elles peuvent faire face à des sorties de cash massives pendant un mois ; l’autre, à empêcher la banque d’avoir trop recours à la transformation des maturités entre actif et passif. Depuis longtemps, certains pays, dont la France, militaient pour l’introduction d’une réglementation internationale spécifique sur la liquidité. Ce type de ratios était, en effet, déjà imposé aux établissements de l’Hexagone, ce qui les a aidés à garder la tête hors de l’eau au plus fort de la crise. « C’est un progrès immense que le Comité de Bâle considère la liquidité comme un enjeu en soi, distinct du sujet de la solvabilité », souligne Max Bezard, qui dirige de département Capital management de BNP Paribas.

En quête de liquidité

Pourtant, l’ensemble de la profession, soutenue par les régulateurs nationaux, est vent debout contre les ratios bâlois, du fait de leur mode de calcul : trop strict, voire irréaliste, trop favorable à la dette souveraine et défavorable au financement banque centrale, il remettrait en cause le modèle économique des banques universelles à la française et menacerait le financement de l’économie. Le fait est que les établissements français sont parmi ceux qui ont le plus de chemin à parcourir avant de satisfaire ces nouvelles exigences, selon une étude d’impact du Comité.

Les options qui se présentent aux banques sont de plusieurs ordres :

  • elles peuvent agir sur la composition de leur passif, par un accroissement des dépôts et de l’épargne bilancielle. En Espagne, cette quête s’est même transformée en « guerre », avec une surenchère sur les taux de rémunération proposés ;
  • côté actif, elles peuvent réduire, renchérir ou raccourcir les prêts qu’elles accordent ;
  • elles peuvent, enfin, revoir leur mode de financement, en rallongeant la maturité de leur dette ou en privilégiant les émissions sécurisées, type covered bonds.

Vers un « Liquidity 2 » ?

Le calibrage des ratios, toutefois, n’est pas figé : le Comité de Bâle a laissé la porte ouverte pour le faire évoluer dans les années à venir, d’ici à 2015 pour le ratio court terme et 2018 pour celui à long terme. De son côté, l’Europe planche actuellement sur la transcription des accords en droit communautaire, via la directive CRD4 dont le vote est attendu pour octobre 2012. Autant de marges de manœuvre qui pourraient être mises à mal si le marché venait à anticiper les exigences des régulateurs, comme il le fait sur le sujet de la solvabilité. C’est ce que redoute la profession : elle réclame ainsi que le texte de la CRD4 reste suffisamment vague pour éviter que les analystes ne fassent eux-mêmes leurs calculs et ne poussent les banques à communiquer leurs ratios avant les dates d’entrée en vigueur.

En tout état de cause, le système bancaire international n’en est qu’au début de l’histoire sur le sujet de la liquidité. « Du point de vue du Comité de Bâle, ces deux ratios sont à la liquidité ce que le ratio Cooke est à la solvabilité, temporise un observateur du dossier. Nous démarrons un processus : il y aura un Liquidity 2 et un Liquidity 3. »

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

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