Bilans bancaires

Les cessions de prêts non performants encouragées

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

Introduction

Les cessions de prêts non performants encouragées

Les Autorités européennes craignant une forte augmentation du volume de prêts non performants au bilan des banques, un plan d’action a été publié par la Commission. Il vise à aplanir les obstacles à la cession de ces créances. Si le marché secondaire des NPL est actif dans certains pays comme l’Italie, il est atone dans d’autres tels que la France.

La cession des prêts non performants est encouragée

Avec son plan publié le 16 décembre 2020, la Commission européenne souhaite faciliter les cessions par les banques de leurs prêts non performants (non performing loans – NPL). Lors de la présentation de ce document, Mairead McGuinness, commissaire aux services financiers, a déclaré : « des projections de la BCE et de l’EBA ont indiqué que la crise pourrait mener à de plus en plus de nouveaux NPL ». Et le 3 novembre 2020, Andrea Enria, patron de la supervision au sein de la BCE, avait mis en avant un chiffre impressionnant de la banque centrale au sujet des NPL : le montant de ces actifs pourrait atteindre les 1 400 milliards d’euros, dans un scénario « pessimiste mais plausible ». Cela ferait plus du double du montant actuel de NPL.

Ce scénario est loin d’être certain si l’on tient compte du plan de relance prévu à l’échelle européenne et des efforts fournis par les États pour soutenir les agents économiques (prêts garantis aux entreprises, chômage partiel, etc.). Il est toutefois raisonnable de considérer que les perspectives de remboursement des prêts bancaires contractés par ces agents s’assombrissent et qu’une augmentation des prêts non performants [1] est plausible. La Commission est dans son rôle en se préparant à tous les scénarios, notamment au pire d’entre eux. Elle souhaite améliorer les outils existants qui permettent de sortir les NPL des bilans bancaires et propose également la création d’un réseau de bad banks (voir l’interview d’Alain Laurin).

En attendant que les projets de la Commission se traduisent – éventuellement – dans les faits, le marché secondaire des NPL continuera de fonctionner avec ses forces et ses faiblesses actuelles. Ce marché, pour partie privé, est plus ou moins dynamique selon les pays. Ces dernières années, les transactions se sont concentrées sur l’Italie, le Portugal, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Irlande. Par exemple, en 2018 les transactions en Italie se sont élevées à 103,6 milliards d’euros selon l’étude de Debtwire et Ashurst citée dans le rapport 2019 de l’EBA sur les NPL. En France, le marché est atone. Pourtant le volume de NPL est important dans l’hexagone (124 milliards d’euros à juin 2019 selon l’EBA) mais celui des prêts sains l’étant aussi, le ratio de NPL est faible. De plus, les fonds propres des banques françaises sont solides. Enfin, l’écart est important entre le prix auquel les banques seraient disposées à vendre et celui auxquels les acquéreurs accepteraient d’acheter (voir l’interview de David Chollet). Autant de raisons qui expliquent pourquoi le volume des transactions demeure modeste en France. Pour l’année 2019, une étude de Deloitte l’évalue à 4,5 milliards d’euros. Ces transactions seraient en grande partie le fait de cessions de la part des acteurs du crédit consommation souhaitant se séparer de créances ayant déjà donné lieu à des actions de recouvrement. Dans ce cas de figure, l’espoir qui demeure de voir ces créances remboursées est très faible. Ces prêts sont donc vendus avec une énorme décote par rapport à leur valeur nominale. Selon Barbara Lucas, directrice Marché, Banques et Finances chez iQéra qui intervient à la fois en tant qu’acheteur et en tant que recouvreur, « les acheteurs sont habitués à un certain niveau de décote et quand une banque décide de vendre des NPL en amont, avant même d’avoir exercé la moindre action de recouvrement contentieux, ils doivent se constituer une expertise et des benchmarks pour calibrer la valeur de ces créances – valeur plus élevée de fait : ce type de NPL laisse un véritable espoir de récupérer tout ou partie de la créance. Depuis deux ans, des banques envisagent de céder ce type de NPL mais les transactions ne se font pas toujours, faute d’accord sur le prix. iQéra s’est préparé à cette nouvelle donne puisqu’il est le fruit de la fusion récente entre MCS / DSO en France et Serfin / Sistemia en Italie, l’un de nos objectifs étant de renforcer nos capacités en tant qu’acheteur pour mieux répondre aux attentes des banques ». La situation pourrait donc se débloquer… S. G.

 

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

[1] Les NPL correspondent à des crédits ayant subi une dégradation avérée du risque ou dont le recouvrement total est compromis ou incertain.

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