Les assureurs à l’heure du grand bouleversement

Bousculés par la crise du Covid, une législation de plus en plus exigeante, la révolution technologique, l’irruption des  cryptomonnaies, du big data et de l’intelligence artificielle, les nouvelles habitudes des consommateurs, voire le réchauffement climatique, les professionnels de l’assurance vivent ces dernières années dans une atmosphère de révolution permanente – comme ceux de l’industrie et surtout de la banque, nous objecterez-vous, mais avec un certain retard, répond le président de Praesential, Édouard Vieillefond, qui les appelle à s’inspirer de leur « consœur des services financiers ».

S’en inspirer, mais comment ? Les réponses sont multiples. Pour Patrick Thourot, il faut d’abord s’appuyer sur ce « trésor des Incas » que sont des mégadonnées « toujours plus nombreuses et de qualité », un conseil qui vaut en particulier pour les acteurs traditionnels, mis au défi des nouvelles technologies par les nouveaux entrants, assurtechs, GAFAM, commerçants et même fabricants, à qui elles donnent « un avantage compétitif considérable ». C’est une « opportunité plus qu’une menace », rassure le président de l’Observatoire universitaire de la réglementation d’assurance (OURA). Mais c’est également une nécessité, imposée par « les générations Facebook et les digital natives », et leurs « demandes de garanties nouvelles, tarifées au plus près du coût actuariel du risque et fortement tournées vers les services ».

C'est à ces nouveaux clients, « qui effectuent un achat e-commerce ou louent un véhicule sur un simple coup de tête », que pense Olivier Vaysse, le vice-président ventes d’EIS Group en Europe, quand il prédit un succès durable à l’assurance embarquée, « plus abordable, personnalisée […] plus adaptée aux individus, où et quand ils en ont le plus besoin ». Plus question pour eux « de subir des à-côtés irritants, comme devoir compléter la location d’une trottinette par un contrat d’assurance à part, sur une seconde plateforme, entrer à nouveau leurs données, ni attendre de longues secondes qu’elles se chargent alors qu’ils ont déjà rempli un formulaire avec les mêmes informations ». L’impérieuse satisfaction immédiate des besoins règne aussi sur le monde du risque : « les achats se font de manière instantanée », et le constat s’applique aussi aux produits de l’assurance. Bonne nouvelle, plateformes, cloud, API, open banking… quand il s’agit de proposer des solutions, l’informatique ne manque pas d’imagination.

Mais alors, qui protégera les assureurs contre le risque cyber, quand eux-mêmes rechignent désormais à l’assurer chez leurs clients ? Avec la crise sanitaire et l’essor concomitant du télétravail, les hackers s’en donnent à cœur joie, à coups de ransomwares, de phishing et autres arnaques au président. « Une entreprise dans le monde est victime de ce type d’attaque toutes les 11 secondes », s’alarme Ezechiel Symenouh, cyber risk practice leader chez Gras Savoye. Résultat, alors qu’elles bradaient les contrats cyber il y a encore cinq ans, les compagnies d’assurance ont considérablement réduit leur offre, au moment, précisément, où l’économie en a le plus besoin. Ce qui conduit notre expert à « s’interroger sur la capacité du marché de l’assurance à répondre aux problématiques et besoins réels des assurés ».

À cette interrogation, Édouard Vieillefond oppose une évidence, qu’on pourra trouver plus optimiste : « La question n’est pas de savoir si l’assurance va être disruptée : elle le sera. La question est quand. » 

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