COP21

Les acteurs privés se mobilisent pour le financement de la transition énergétique

Dossier réalisé par Laure Bergala

Introduction

Les acteurs privés se mobilisent pour le financement de la transition énergétique

« Quand la finance commence à intégrer dans ses normes, dans ses critères, les enjeux climatiques, je ne dis pas qu’il y a espoir, mais il y a la prise en compte de ce qu’est la réalité », déclarait François Hollande le 10 septembre lors du lancement de la mobilisation pour la COP21. En cette année de conférence mondiale sur le climat à Paris, le monde économique et financier commence à intégrer les enjeux de la transition énergétique au cœur de ses choix stratégiques.

COP 21, financer la transition énergétique

Pour reprendre – et actualiser ! – la déclaration de Jacques Chirac [1] au IVe Sommet de la Terre de Johannesburg en 2002 : notre maison brûle… mais nous regardons de moins en moins ailleurs. Il y a aujourd’hui urgence à limiter le réchauffement sous 2 °C pour contenir ses effets dévastateurs sur la terre et sur les hommes… mais il semble qu’en 2015, année de la COP21, la prise de conscience de la nécessité de façonner une économie moins émettrice de CO2 progresse comme jamais. Si seuls les États sont habilités à négocier pour trouver un accord universel et contraignant de réduction des émissions de gaz à effet de serre lors de la conférence de Paris qui débute le 30 novembre, les acteurs privés sont appelés à s’engager et commencent à faire de la transition énergétique un choix stratégique, au-delà de la visée morale. Longtemps affaire de décideurs publics poussés par les ONG, la transition vers une économie bas carbone devient l’affaire de tous, et pas seulement parce que les budgets publics sont contraints.

Car les acteurs financiers ne perçoivent plus le dérèglement climatique comme un risque essentiellement d’image, mais de plus en plus comme une réalité financière, de métier, voire un risque systémique qui s’invitera un jour dans les analyses de crédit ou dans les stress-tests. Pour preuve, le mouvement de désinvestissement du carbone prend de l’ampleur et de grands groupes sortent du charbon, alors que les actifs carbonés pourraient perdre de la valeur à terme dans un monde où la majorité des énergies fossiles doit rester enfouie pour se limiter aux 2° (les stranded assets). Les dégâts financiers ne sont pas seulement ceux du coût croissant des catastrophes naturelles, mais des dépréciations boursières et des pertes à venir. De quoi faire bouger les lignes, bien au-delà du greenwashing.

Si les besoins de financement sont colossaux pour transformer l’économie, le coût de l’action n’est pas beaucoup plus élevé que celui de l’inaction, selon plusieurs évaluations, et l’enjeu majeur devient la réorientation des investissements et des flux. Pour financer la transition énergétique, les banques, qui renforcent leurs politiques sectorielles d’exclusion des financements les plus carbonés, financent davantage énergies renouvelables, efficacité énergétique, infrastructures et projets verts, et se saisissent de nouveaux outils, comme les green bonds, dont les montants émis devraient bondir cette année.

Reste que la « finance climat » n’a pas de définition précise, elle se situe sur un temps très long qui rend difficile la qualification d’un actif vert, et nécessite un contexte réglementaire et prudentiel favorable aux investissements de long terme. La COP21 pourrait envoyer des signaux économiques, sur la tarification du carbone notamment.

Lors de la COP, un autre enjeu majeur est celui des 100 milliards de dollars que les pays développés se sont engagés à fournir chaque année aux pays en développement à compter de 2020, pour accompagner leur transition et leur adaptation, alors que le monde pourrait compter 250 millions de migrants climatiques d’ici 2050 selon l’ONU. Le levier public-privé est de plus en plus attendu pour mobiliser ces 100 milliards et, plus globalement, cette transition ne se fera pas sans les acteurs financiers, qui de fait ont la main sur les flux d’investissement.

 

A lire aussi : « Focus COP21 » paru dans Revue Banque n° 787 de septembre 2015, avec les témoignages : la FBF, Société Générale, BPCE, Fonds de Réserve pour les Retraites et Paris Europlace.

 

 

Dossier réalisé par Laure Bergala

[1] « Notre maison brûle, mais nous regardons ailleurs. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Prenons garde que le XXIe siècle ne devienne pas, pour les générations futures, celui d’un crime de l’humanité contre la vie », déclarait Jacques Chirac, alors président de la République, au Sommet de la Terre de Johannesburg (Afrique du Sud), le 2 septembre 2002.

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