Dossier

Inflation et création monétaire

Introduction

Inflation et création monétaire

Une inflation atone en zone euro alors que la BCE fait tourner la planche à billet… Le lien entre inflation et création monétaire, ancré dans les esprits, est remis en cause. À l’heure où les décideurs ne parviennent pas à sortir la zone euro du marasme, des projets alternatifs interpellent : selon le « QE pour le peuple », la BCE devrait faire profiter directement les citoyens de la monnaie qu’elle crée ; quant à l’initiative « monnaie pleine », elle préconise de retirer aux banques commerciales le pouvoir de création monétaire.

Pour l’économiste Michel Aglietta (Université Paris X-Nanterre, CEPII, Haut Conseil des finances publiques), la messe est dite : la réalité vient contredire la théorie monétariste, dominante dans les milieux académiques. En effet, la BCE a beau faire tourner sa planche à billet en menant une politique expansionniste depuis 8 ans, l’hyperinflation – prédite dans ce cas de figure par le monétarisme – est loin de menacer la zone euro. Au contraire, Mario Draghi ne parvient pas à atteindre son objectif d’inflation : inférieur mais proche de 2 %.

À l’heure où les grands credo s’effondrent, où les décideurs peinent à sortir la zone euro du marasme, des projets alternatifs émergent. Selon le « QE pour le peuple », les banquiers centraux empruntent une voie beaucoup trop indirecte pour transmettre leur politique monétaire, passant les banques commerciales. De ce fait, les banques centrales n’obtiennent pas les résultats escomptés. Elles devraient adopter un circuit court pour transmettre leur politique en faisant profiter directement les citoyens de leurs largesses.

Autre projet, connexe mais plus radical : la « monnaie pleine » ou « 100 % monnaie » qui va faire l’objet d’un référendum en Suisse. Des projets semblables existent dans d’autres pays, comme l’Islande. Les promoteurs de ces initiatives souhaitent retirer aux banques privées leur pouvoir de création monétaire [1], qui devrait être l’apanage d’un acteur public (comme une banque centrale). Selon Thomas Mayer (Flossbach von Storch Research Institute), intéressé par un tel dispositif, « quelle que soit l’issue du référendum suisse, les autres décideurs politiques ne réformeront pas le système monétaire existant de façon volontaire. Ils sont les principaux bénéficiaires d’un système qui leur octroie des financements bon marché pour financer des programmes publics pour leurs électeurs. Mais cette réforme pourrait intervenir de manière forcée. » (voir l'article)

Grand défenseur de la monnaie pleine, Jean-Michel Servet (Graduate Institute Geneva) estime qu’elle « doit être comprise comme la volonté de réappropriation citoyenne d’un droit qui a été concédé à des firmes financières privées dont les innovations et incitations sont aujourd’hui largement perçues comme entrant en contradiction avec l’intérêt de la société dans son ensemble ». Mais Laurent Quignon, de BNP Paribas, souligne les faiblesses de la monnaie pleine (voir son article).

Les projets de « Monnaie pleine » et de « QE pour le peuple » se rejoignent, comme le soulignent Virginie Coudert et Régis Breton (Banque de France) : « En proposant de distribuer la monnaie nouvellement créée directement au public sans passer par l’intermédiaire des banques, l’initiative “monnaie pleine”, comme le mouvement de “QE pour les gens”, a de quoi susciter l’adhésion des populations, surtout lorsque celles-ci sont échaudées par la crise financière. Cette recherche d’alternatives radicales s’inscrit dans un contexte d’après-crise où la politique monétaire traditionnelle ne fonctionne pas et où la politique “non conventionnelle” peine à faire repartir l’économie. »

Quant à Philippe Gudin (Barclays), sa préconisation, est d’aller plus loin dans la construction européenne : « Il est temps de créer des eurobonds, c’est-à-dire des obligations émises à un niveau fédéral européen […]. L’Union bancaire fut décidée en trois mois, en 2012, pour éviter un naufrage du secteur financier et une explosion de l’euro ; l’Union budgétaire peut être décidée rapidement pour éviter un retour en récession et en déflation qui serait fatal à l’avenir de la zone euro. » Cette préconisation est finalement aussi radicale que les précédentes, étant donné le contexte eurosceptique.

 

[1] Les banques créent de la monnaie lorsqu’elles octroient des crédits (voir l’encadré page XX)

Sommaire

Le dossier que vous souhaitez consulter est payant ou réservé à nos abonnés.

Vous êtes abonné.
Merci de vous identifier.

Achetez ce contenu à l'unité
Tarif : 15.00 euros TTC
Banque & Stratégie