Euroscepticisme : l’Union européenne en quête d’un projet

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

Introduction

Euroscepticisme : l’Union européenne en quête d’un projet

Le vote en faveur du Brexit cristallise la crise traversée par l’Union européenne. Si l'Union souhaite contrer la montée de l’euroscepticisme, un nouveau projet doit être défini. Ses choix économiques doivent-ils être moins libéraux ? La zone euro doit-elle renoncer au fédéralisme ?

Euroscepticisme

Le vote britannique en faveur du Brexit et la montée de l’euroscepticisme obligent l’Union européenne (UE) et la zone euro à définir un projet fédérateur.

La zone euro doit-elle aller vers toujours plus d’intégration ou, au contraire, faire marche arrière ? Selon Gilles Moec, chef économiste chez Bank of America-Merrill Lynch, « l’UEM [1] doit être complétée par un système de redistribution budgétaire ». Mais l’Allemagne empêche cette évolution, en raison de ses réticences à l’égard du principe de mutualisation des dettes publiques au sein de la zone euro. Toutefois, ce débat devrait bientôt être tranché, selon l’économiste : « Une décision politique doit être prise. Elle ne le sera peut-être pas avant les élections françaises et allemandes de 2017, mais elle ne pourra pas, selon nous, être reportée très longtemps après ces deux rendez-vous. »

Il n’est pas certain que la décision prise par les dirigeants européens sera celle d’aller vers plus de fédéralisme car le scepticisme à l’égard de l’Union monétaire se développe, même au sein de la communauté financière. Emmanuel Sales, président de la société de gestion d’actifs La Financière de la Cité, juge que la zone euro doit faire son deuil du projet de centralisation budgétaire. L’Union monétaire doit faire marche arrière et les États doivent retrouver leur autonomie. Le gérant ne va pas jusqu’à préconiser le démantèlement de l’euro, mais celui-ci doit se contenter de jouer le rôle de liant à l’intérieur d’une société de nations.

À l’échelle de l’UE, là non plus, le projet n’est pas clair. Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman, observe une montée du repli national. Pour lui, les causes résident dans le développement rapide du processus de mondialisation économique et financière, cumulé à la question identitaire posée par l’afflux d’immigrants. La réponse à la montée des nationalismes et au Brexit pourrait venir, non pas de la Commission mais des États membres, grâce à des coopérations étroites dans les domaines de l’économie, de la sécurité et de l’immigration.

Mais pour Dominique Plihon, membre des Économistes Atterrés et d’Attac et professeur à l’Université Paris XIII, la montée de l’euroscepticisme s’explique largement par l’orientation ultralibérale adoptée par l’UE, orientation que le Royaume-Uni a largement favorisée. « Le Royaume-Uni a toujours été un ardent défenseur de la libéralisation financière, dans l’intérêt de son industrie financière », explique l’économiste qui regrette que la Commission actuelle, présidée par Jean-Claude Juncker, accentue le biais libéral de Bruxelles et œuvre pour l’Union des marchés de capitaux, ce projet d’inspiration anglo-saxonne ne correspondant pas du tout aux besoins réels de l’économie européenne.

Si l’Europe traverse aujourd’hui une période de doute et de remise en cause, une nouvelle UE va de facto se forger à mesure que vont progresser les négociations destinées à formaliser la sortie du Royaume-Uni. Cette sortie pourrait ne pas être totale. Selon Vivien Pertusot de l’IFRI [2], le Royaume-Uni va très certainement conserver un pied à l’intérieur de l’Union, adoptant ainsi une position parfaitement symétrique à celle qu’il a su obtenir en tant que membre de l’Union puisqu’il avait conservé un pied dehors !

 

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

[1] Union économique et monétaire.

[2] Institut français des relations internationales.

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