Développer l’épargne retraite: assureurs et gérants d’actifs sur les rangs

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

Introduction

Développer l’épargne retraite: assureurs et gérants d’actifs sur les rangs

Peu développée en France, l’épargne retraite est au menu des préoccupations de Bercy, qui prépare la loi PACTE. L’un des objectifs est de favoriser cette épargne à long terme et de l’orienter vers les fonds propres des entreprises. Le camp des assureurs et celui des gérants d’actifs défendent chacun leurs positions sur le marché de l’épargne retraite.

Développer l'épargne retraite

Face à l’allongement de la durée de la vie et au défi qu’il pose au principe de la retraite par répartition, l’épargne retraite devient un enjeu crucial puisqu’elle vise à compléter les prestations fournies par les régimes de retraite par répartition. En France, elle est peu développée, si l’on tient compte uniquement des dispositifs dédiés [1] à la retraite qui représentent environ 200 milliards d’euros. Dans d’autres pays (voir le texte de Philippe Crevel), la retraite par capitalisation est plus développée, autour notamment de puissants fonds de pensions. Toutefois, en France, de facto, 30 % de l’encours de l’assurance vie, soit 540 milliards, sont épargnés en vue de la retraite.

À l’intérieur de l’assurance vie, des dispositions de la loi PACTE vont encourager l’épargne longue, sans pour autant faire de l’assurance vie un dispositif dédié à la préparation du départ en retraite.

Au travers de cette loi PACTE en préparation, qui devrait être présentée en Conseil des ministres fin mai 2018, voire début juin, Bercy cherche à encourager l’investissement en actions ; or, plus l’horizon de placement est long, plus cette classe d’actifs est pertinente. L’épargne retraite stricto sensu va donc elle aussi être réformée pour devenir plus attractive. Elle va d’abord être simplifiée, car l’offre de dispositifs est aujourd’hui peu lisible. Et à l’occasion de cette réforme, le gouvernement risque de favoriser certains acteurs plutôt que d’autres. Deux grandes catégories d’acteurs opèrent sur le marché de l’épargne retraite : le PERCO entre très clairement dans le giron des gérants d’actifs et de l’épargne salariale ; quant aux autres produits, ils sont à dominante assurancielle.

Chaque camp défend son modèle :

  • les assureurs affirment qu’un véritable produit de retraite doit procurer une rente viagère, seule véritable protection contre le risque de longévité : chacun ignorant la date de son décès, il est difficile, pour un particulier, de gérer lui-même un capital censé subvenir à ses besoins jusqu’à la fin de sa vie (voir également les arguments d’Odette Cesari). Et les produits assurantiels offrent cette rente : avec le PERP, il est possible de percevoir au maximum 20 % du capital épargné et les 80 % restants donnent lieu à une rente ; avec l’article 83, c’est tout le capital épargné qui est transformé en rente viagère ;
  • les gérants d’actifs mettent en avant la préférence des Français pour une sortie en capital. Un sondage confié à Audirep par Natixis Interépargne et Amundi montre que 77 % des Français préfèrent une sortie en capital. En effet, en prenant l’exemple d’une épargne accumulée de 100 000 € au moment du départ en retraite, plus de 77 % des épargnants interrogés préfèrent disposer librement de l’intégralité du capital (et des futures plus-values) avec retrait possible à tout moment, plutôt que d’une rente viagère de 325 € par mois. Le faible montant de la rente explique sans doute la réponse des personnes interrogées. En effet, la rente coûte cher, ce qui peut la rendre impopulaire.

Il est difficile, à l’heure où ces lignes sont rédigées, de savoir comment le gouvernement va trancher ce débat et s’il va favoriser un modèle plutôt qu’un autre. Le lobbying est encore intense. Et le suspense pourrait encore durer un certain temps, car la présentation du projet de loi PACTE au Conseil des ministres a déjà été reportée plusieurs fois. Certains commentateurs parlent même d’un risque d’enterrement de ce texte… S. G.

 

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

[1] Les dispositifs les plus connus sont le PERCO et l’article 83 (ou PERE) pour l’épargne réalisée dans le cadre de l’entreprise et le PERP pour l’épargne réalisée à titre individuel, mais il existe de nombreux autres dispositifs (voir l’article de Guillaume Prache, page xxx).

Sommaire

Le dossier que vous souhaitez consulter est payant ou réservé à nos abonnés.

Vous êtes abonné.
Merci de vous identifier.

Achetez ce contenu à l'unité
Tarif : 15.00 euros TTC
Revue Banque