Banques coopératives : des valeurs, des sociétaires, de la finance… mais encore ?

Dossier réalisé par Samorya Wilson
banque coop

Les banques dites « coopératives » ou « mutualistes », qui ont toutes un statut coopératif en droit français, affichent des résultats qui n’ont rien à envier aux banques purement commerciales. Parmi les plus grandes en 2012 : 2,1 milliards d'euros pour le Crédit Mutuel, 2,1 milliards pour Rabobank, 1 milliard de dollars pour les Caisses Desjardins, 456 millions de francs suisses pour Raffeisen… Si certaines affichent des pertes (-3,8 milliards pour le Crédit Agricole), il est communément admis que, dans leur ensemble, les banques coopératives ont bien supporté la dernière crise financière. Cependant, comme l’explique le professeur Jean-Noël Ory de l'Université de Lorraine, il semble qu’il y ait un point d’évolution optimal au-delà duquel l’hybridation du modèle coopératif vers un modèle de banque commerciale classique finit par faire, par ricochet, peser des risques et ses conséquences sur l’ensemble des entités et parties prenantes du groupe. En effet, en s’associant ou en appartenant à des entités cotées, elles sont aussi devenues « mainstream » et font désormais partie intégrante de la finance mondiale.

Reste à se demander si leur fonctionnement est encore totalement en adéquation avec les valeurs mutualistes qu’elles défendent ardemment, notamment dans leur communication. Oui, répondent-elles. Pour Jean-Louis Bancel, président du Crédit coopératif et de l’Association internationale des banques coopératives, s’introduire en Bourse n’entraîne pas automatiquement une perte des valeurs mutualistes, dès lors que les droits des sociétaires restent préservés ; pour Dominique Lefebvre, président de la Fédération nationale du Crédit Agricole, c’est un simple moyen d’obtenir des financements.

Mais bon nombre de spécialistes se montrent réservés quant aux nouvelles orientations des banques coopératives ou cherchent à les définir et à les analyser. Ainsi, Hervé Juvin (Eurogroup) estime que comptabiliser à leur valeur de marché des actifs de type communautaire a moins de sens encore que pour des sociétés par actions, le ralliement au libéralisme financier n’ayant pas laissé indemne les banques coopératives.  En matière de système bancaire et financier, la réglementation est largement fondée sur des formes de société anonyme, ce qui génère une source de difficultés pour les banques coopératives. Elles ont dû batailler pour faire reconnaître leurs spécificités auprès des instances de régulation internationales, notamment en termes de capital ; leurs fonds propres entrent désormais dans le cadre des accords de Bâle. Hybrides ou non, les banques coopératives ont conservé leur spécificité d’un point de vue organisationnel et juridique. Reste à savoir si leur modèle subsistera.

Selon Hervé Juvin, à l’avenir, les banques coopératives devraient trouver la voie à la fois du dégonflement de leur bilan et d’une utilité économique rémunérée, ou encore mobiliser l’épargne pour le financement de la transition énergétique porteuse d’emploi et de résilience en région. Pour le professeur Andrée de Serres de l’Université du Québec, les défis à relever pour les banques coopératives passent par le recentrage vers les PME et par l’implication renouvelée des sociétaires dans une structure de gouvernance simplifiée et cohérente avec le mode coopératif.

Dans tous les cas, les principaux acteurs des banques coopératives affirment constater un retour général aux valeurs mutualistes dont elles devraient… tirer profit.

Dossier réalisé par Samorya Wilson

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