Change & taux

« Twist » à la Réserve fédérale américaine

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°741

Banque privée : la difficile conquête des clients fortunés

Décidée le 21 septembre par la Réserve fédérale américaine, l’opération Twist va consister à augmenter la durée de vie moyenne de son portefeuille de titres d’État, sans accroître encore la taille de son bilan. On se souvient que l’expansion quantitative a porté ce portefeuille à près de 1 700 milliards de dollars. Dans les mois qui viennent, la Réserve fédérale va vendre 400 milliards de titres de maturité inférieure à 3 ans et acheter pour le même montant de titres de maturité comprise entre 6 et 30 ans. À la fin du mois de juin 2012, la maturité moyenne sera ainsi passée de 75 à 100 mois.

Une mesure similaire avait été mise en œuvre en 1961. On l'avait surnommée « opération Twist », à la fois parce que « twist » veut dire torsion et que l'on déformait la courbe des taux, mais aussi en référence à une danse qui faisait à l’époque fureur des deux côtés de l’Atlantique. L’idée était de faire baisser les rendements longs sans affecter les taux courts : d’après une étude de la Banque fédérale de réserve de San Francisco, le « twist » de 1961 avait entraîné une baisse de 15 points de base des taux à 10 ans.

Or, en proportion de la dette, les montants envisagés aujourd’hui sont comparables aux 8,8 milliards de l’époque. On peut donc s’attendre à un effet du même ordre de grandeur. Ce n’est pas énorme, d’autant qu’on a du mal à imaginer que des taux à 10 ans déjà à 1,75 % – au plus bas depuis plus de trois quarts de siècle – soient un obstacle à l’activité ou à l’emprunt ! Il faut cependant ajouter que la Réserve fédérale a aussi décidé de réinvestir en « mortgage-backed securities », et non en titres d’État, les tombées de ces titres dans son portefeuille. Cela soutiendra le marché hypothécaire, mais là aussi pour un résultat sans doute limité, et en partant de taux déjà très bas.

Faute de pouvoir encore baisser les taux courts, on essaie un peu tous les outils ! Il reste l’achat de titres étrangers, l’achat d’actions par le Trésor avec financement monétaire, la fixation d’un objectif de taux long, d’un objectif de prix ou même d’un objectif d’inflation plus élevé… mesures évoquées à un moment ou à un autre par M. Bernanke, qui répète qu’il fera tout ce qui est en son pouvoir. Ce serait un peu un saut dans l’inconnu, les effets positifs et possiblement négatifs de ces politiques fort peu orthodoxes n’étant pas connus. De toute façon, le pouvoir de la politique monétaire est grand, mais non infini : le budget, la réglementation, l’économie réelle devront prendre leur part.

 

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