Économie

Trump 30 mois après

La maison blanche

L'auteur

  • JP Petit
    •   : Président
        : Les Cahiers Verts de l'Economie
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Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°835

Risque Cyber : Comment coordonner la lutte ?

Alors que Trump est quasi unanimement critiqué en Europe pour sa stratégie économique interne, il est utile de tracer un premier bilan. La croissance économique annualisée des USA a été sur la période de 2,7 % (T1 2017-T2 2019) vs 2,2 % entre le T3 2009 (début de l’expansion américaine) et 2016, alors même que l’on sait que les secondes parties de cycle sont historiquement moins performantes. Même remarque pour l’emploi. On a créé autant d’emplois en moyenne mensuelle (187 000) depuis le début 2017 qu’entre le début 2010 et fin 2016, ce qui est tout aussi remarquable. Et le taux de chômage est passé de 4,7 à 3,7 %.

Rappelons par ailleurs que la productivité et la profitabilité se sont améliorées. De façon notable, l’investissement productif a accéléré et tout particulièrement l’investissement en propriété intellectuelle (dépôt de brevets…) qui a progressé de 6,5 % en rythme annualisé vs 4,8 % sur T3 2009-2016. Dans tous ces domaines, les États-Unis ont à nouveau creusé l’écart avec les autres nations riches (zone euro, Japon, Royaume-Uni).

Beaucoup d’opposants à Trump nous annonçaient pourtant les effets pervers de sa stratégie de relance budgétaire et fiscale à un moment avancé du cycle et alors qu’on se situait à un niveau proche du plein-emploi ; déficit public, déficit courant, bulles, pressions inflationnistes et hausse des taux d’intérêt… D’où des annonces prophétiques d’une récession qui viendrait plus vite que prévu.

Aujourd’hui, l’imminence d’une récession se fait attendre. L’inflation se situe à peu près au même niveau que fin 2016 et les taux longs sont un peu en dessous. Il n’y a pas de bulle immobilière et la valorisation absolue du marché actions est environ au même niveau (c’est-à-dire assez cher), sachant que la prime de risque est supérieure. Le déficit courant est resté au même niveau en pourcentage du PIB. Certes, le déficit fédéral en proportion du PIB a progressé (à un niveau proche de 4 % aujourd’hui vs 2 % fin 2016), mais il ne pose aucun problème de soutenabilité avec les niveaux actuels de taux d’intérêt.

Ce qui est encore plus remarquable est la probable hausse de la croissance potentielle américaine grâce à l’accélération de la productivité depuis un an (elle progresse de plus du double du rythme des 5 dernières années) et la poursuite de la hausse des taux de participation [1] et d’emploi. Il est possible que l’impulsion budgétaire et fiscale de Trump ait poussé les entreprises, déjà en saturation des capacités de production, à réaliser des efforts de productivité.

Bien sûr, tous ces résultats ne sont pas exclusivement liés à l’impulsion politique de Trump. Mais son pragmatisme économique a joué un rôle. Trump considère à juste titre que les banques centrales indépendantes ne sont pas des tours d’ivoire. Et ses déclarations critiques à l’encontre de la Fed l’an dernier étaient parfaitement justifiées. Preuve en est que Jay Powell a été obligé de procéder à un « rétropédalage » à grande vitesse depuis le début de l’année.

 

 

 

[1] Part de la population en âge de travailler présente sur le marché du travail.

 

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