Change & taux

Le retour de St. Louis

L'auteur

  • Philippe Weber
    • Responsable des études et de la stratégie
      CPR Asset Management

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°799

FinTech : quel cadre réglementaire ?

Il ne s’agit pas du roi Louis IX (1214-1270), mais de la Banque de Réserve fédérale de St. Louis. Il y a une quarantaine d’années, elle était devenue l'une des plus influentes des Fed régionales, en prônant le monétarisme orthodoxe que M. Volcker finit par mettre en œuvre à la fin des années 1970. Cette doctrine n’est plus guère en faveur. Mais St. Louis vient d’évoquer deux théories qui, si elles devaient se répandre, changeraient profondément la conception de la politique monétaire. Tout d’abord, James Bullard, le président de cette institution, a développé l’idée selon laquelle l’économie ne converge plus vers un état normal ou naturel ; à la place, elle serait dans un régime de faible croissance, de faibles gains de productivité et de faible taux d’État mais aussi de faible chômage [1]. Le taux des fonds fédéraux (taux directeur) ne devrait plus dépasser 0,63 % jusqu’à un éventuel changement de régime (récession, ou hausse du taux d’État), changement qu’on ne peut prévoir mais qui ne donne pas signe d’apparaître d’ici deux ans. Si M. Bullard a raison, il faut réviser fortement les anticipations de taux courts. Dans le même temps, la Fed de St. Louis a publié un autre article [2] portant sur le « néo-fisherisme ». Dans ce cadre d’analyse, les taux bas font baisser, et non monter, l’inflation. En effet, le taux nominal peut s’analyser comme la somme du taux réel et de l’inflation. Or, selon cette théorie, le taux réel est, à long terme, déterminé par l’économie réelle et ne dépend pas des choix de politique monétaire. Donc si le taux nominal est bas c’est l’inflation qui s’ajuste vers le bas… En conséquence, les taux directeurs négatifs, l’assouplissement quantitatif, le guidage prospectif, loin de favoriser une remontée des prix, tirent l’inflation encore plus vers le bas. L’expérience des quelques pays qui ont un taux très bas depuis longtemps ne démentit nullement ce raisonnement.

Si la thèse de M. Bullard et plus encore le « néo-fisherisme » devaient influer sur la politique monétaire, on obtiendrait un renversement complet des perspectives. On en est loin, mais il faudra suivre attentivement les travaux de St. Louis et leur influence.

 

 

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