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Restaurer la confiance dans les modèles grâce à TRIM

Restaurer la confiance

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Lire aussi, dans ce même numéro, « Supervision : TRIM fait trimer la BCE », p. 13.

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°807

Résolution: sur qui repose l’effort ?

Qu’attendent les investisseurs de la revue des modèles internes (TRIM [1]) engagée par la BCE en tant que superviseur bancaire ?

Les investisseurs cherchent la clarté et la simplicité. À cet égard une approche standard de mesure des actifs pondérés par les risques (RWA), simple a priori, est néanmoins susceptible d’aboutir à des variations qui ne reflètent pas fidèlement la réalité des risques. Des modèles internes sophistiqués peuvent aussi aboutir à des différences « injustifiées » entre banques ou entre pays. Cela rend moins pertinentes les comparaisons de ratios financiers qui reposent sur les RWA, ce qui alimente le scepticisme et la défiance vis-à-vis desdits modèles. Les investisseurs attendent que la BCE s’assure que les écarts obtenus dans le calcul des RWA de deux établissements soient la traduction d’un niveau de risque différent et non pas la conséquence de différences de modélisation du risque. Le constat des insuffisances des modèles est bien établi et documenté depuis plusieurs années suite aux travaux du Comité de Bâle et de l’Autorité bancaire européenne (EBA). Nul doute que des mesures de remédiation ont déjà été prises par les banques sous l’impulsion des superviseurs. Mais le chantier entrepris par la BCE est d’une tout autre ampleur. Il vise, et c’est là l’essentiel, selon une approche standardisée et en déployant des missions d’inspection sur place, à affiner le diagnostic et à imposer si nécessaire des mesures correctives. Les investisseurs attendent que la BCE communique sur les résultats de ses investigations, sans attendre la fin de ses travaux prévue en 2019. Restaurer la confiance dans les modèles est un enjeu important.

Faut-il s’attendre à une augmentation des exigences en fonds propres pour le secteur bancaire européen ?

La BCE a clairement dit que ce n’était pas l’objectif, ce qui ne signifie pas qu’elle n’aboutira pas à ce résultat. La BCE n’examinera sans doute pas la totalité des 7 000 modèles mais se concentrera sur certains d’entre eux, ceux sans doute sur lesquels elle se pose le plus de questions et/ou qui représentent les enjeux les plus importants. Cet examen conduira à ajuster des modèles, voire sans doute à retirer l’autorisation d’utiliser certains d’entre eux au profit de la méthode standard. Logiquement, ces décisions devraient aboutir des augmentations plus ou moins fortes des RWA et, ce faisant, des fonds propres, toutes choses égales par ailleurs. La question est donc de savoir si TRIM aura un impact marginal ou significatif, concentré sur un type d’exposition, de banques ou de juridictions. C’est, à ce jour, très difficile à dire. La communication de la BCE apportera sans doute des réponses à ces questions.

Comment ce travail s’articulera-t-il avec les négociations au Comité de Bâle sur l’output floor ?

Majoritairement, les pays européens estiment que les modèles internes des banques, pour autant qu’ils soient fiables, peuvent être parfaitement utilisés comme outil de calcul des RWA. C’est la position qu’ils défendent devant le Comité de Bâle. L’attention portée par la BCE à cette question est de nature à crédibiliser sa position. Donc TRIM est une initiative parfaitement logique. Cela étant, ce travail de longue haleine n’a pas d’impact direct sur la négociation en cours. Pour des questions de calendrier tout d’abord, les conclusions de TRIM n’étant attendues qu’en 2019. Également du fait de divergences de fond entre les juridictions, autant qu’on puisse le savoir. Les régulateurs américains reconnaissent aux modèles leur utilité en tant qu’instrument de gestion, mais l’avantage prudentiel lié à leur utilisation est très limité. En effet, pour le calcul des RWA, ils retiennent le résultat le plus élevé entre celui issu de la méthode standard et celui calculé sur la base d’un modèle interne. Cela revient à fixer un output floor proche de 100 % aux banques américaines. Parvenir à un accord sur un niveau du floor de cet ordre est sans doute pour les régulateurs américains le moyen de faire taire les critiques sur leur approche plus sévère que celle proposée par le Comité de Bâle. Donc, avec ou sans TRIM, réconcilier ces positions est extrêmement difficile. En revanche, il est tout à fait important que la BCE ait entamé ce travail de fond.

 

Propos recueillis par Séverine Leboucher

[1] Targeted Review of Internal Model.

 

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