Change & taux

La Réserve fédérale, demain

L'auteur

  • Philippe Weber
    • Responsable des études et de la stratégie
      CPR Asset Management

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°806

Élection présidentielle : les enjeux pour le secteur financier

Des changements d’une rapidité inhabituelle attendent la Réserve fédérale. L’un d’eux est certain : la composition du directoire, c’est-à-dire des sept gouverneurs qui, à Washington, sont votants permanents au FOMC [1], va être profondément modifiée. En effet, à la suite de démissions, deux postes sont vacants depuis presque trois ans, un troisième le sera d’ici deux mois. Les gouverneurs sont nommés par le président des États-Unis sous réserve de confirmation par le Sénat ; celui-ci n’a pas confirmé les candidats de M. Obama, mais M. Trump aura les mains plus libres. De plus, en 2018, le mandat de Mme Yellen comme présidente et de M. Fischer comme vice-président expirent. M. Trump n’a pas fait mystère de son peu d’enthousiasme à reconduire Mme Yellen. Techniquement, son mandat au directoire n’expire qu’en 2024 et elle n’est pas révocable, mais on imagine mal qu’elle reste gouverneure en n’étant plus présidente. Voilà donc quatre nouveaux membres sur sept, voire cinq si M. Fischer est remplacé. M. Trump s’est défini comme aimant les taux bas, mais les Républicains sont, traditionnellement, plutôt « faucons » : impossible à ce stade de prévoir la physionomie future du directoire. Un autre changement, moins certain, a été souvent évoqué par le Parti républicain ; il s’agirait de modifier les règles de fonctionnement de la banque centrale – une simple loi suffirait (certains évoquent même une suppression pure et simple de la Fed, modification radicale, mais somme toute peu probable). Deux pistes peuvent être mentionnées ; l’une soumettrait plus étroitement les décisions, y compris monétaires, à la supervision de l’autorité politique : l’audit parlementaire actuel, qui exclut la politique monétaire, lui serait étendu. Cela porterait atteinte à l’indépendance de la banque centrale. L’autre piste serait de contraindre le FOMC à appliquer mécaniquement une règle de politique monétaire, telle que celle imaginée par John Taylor : à chaque niveau d’activité (ou de chômage) et d’inflation correspond automatiquement un taux (aujourd’hui, ce serait plus de 3 % !). Le FOMC devrait se justifier publiquement de tout écart par rapport à cette règle, et perdrait de fait une bonne part de son pouvoir. Notons d’ailleurs que John Taylor est une des personnalités citées pour remplacer Mme Yellen. Au total, prévoir le taux directeur au-delà de quelques mois est pour l’instant une mission impossible…

[1] Federal Open Market Committee.

 

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