Economie

Pourquoi la Fed déciderait-elle de ne pratiquement pas monter ses taux en 2017 et 2018 ?

Etats-Unis

L'auteur

  • Patrick Artus
    • Chef économiste
      Natixis
    • Membre du comité exécutif
      Natixis

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°808

Temps réel : quand le paiement devient instantané

Les marchés financiers anticipent une très faible hausse des taux directeurs de la Réserve fédérale. Or aucune évolution ne justifie le maintien de taux très bas aux États-Unis. Les marchés sous-estiment fortement les hausses de ces taux en 2017-2018.

Ils anticipent une hausse supplémentaire du taux des Fed Funds de 25 points de base en 2017 et deux hausses supplémentaires en 2018. Ceci maintiendrait ce taux à un niveau considérablement inférieur à celui de la croissance nominale des États-Unis, qui sera probablement proche de 5 % en 2017 et de 4,5 % en 2018.

Nous ne voyons pas ce qui pourrait justifier ce maintien de taux d’intérêt très bas. Au plein-emploi (taux de chômage de 4,5 %), la croissance ne peut pas être poussée au-dessus du niveau de la croissance potentielle (2 % environ) et un stimulus monétaire fort est donc inutile.

Le niveau de l’investissement des entreprises américaines est très élevé et ne nécessite pas d’être soutenu. D’autant que l’investissement a été déprimé depuis début 2015 par le recul de l’investissement du secteur de l’énergie, qui va se corriger avec la remontée du prix du pétrole. Rapporté au PIB, l’investissement des entreprises américaines est depuis 2011 le plus élevé depuis la Seconde Guerre mondiale.

Un dollar fort est favorable aux États-Unis, la Fed n’a donc pas d’incitation à provoquer une dépréciation du dollar. En effet, les élasticités-prix du commerce extérieur en volume des États-Unis sont faibles : 0,27 pour les exportations en volume, 0,08 pour les importations en volume. Une appréciation du dollar a donc comme effet essentiel de faire baisser le prix des importations (comme en 2009, 2012-2013, 2015-2016), ce qui est favorable.

Enfin, on ne voit pas de risque de crise financière en cas de remontée des taux ; le taux d’endettement des ménages a beaucoup diminué (il représente 104 % du revenu, comme en 2003, contre 135 en 2007), celui des entreprises est faible. La valorisation des actions est assez élevée, mais pas excessive (PER de 18), on ne voit pas de bulle sur l’immobilier résidentiel dont les prix restent 10 % plus bas qu’avant la crise.

Nous ne voyons donc pas de raison pour laquelle la Fed renoncerait à remonter le taux des Fed Funds Les marchés financiers sous-estiment nettement la hausse à venir du taux d’intérêt des Fed Funds (nous pensons qu’il sera de 2,50 % à la fin de 2018, ce qui reste d’ailleurs faible par rapport à la croissance nominale et sans danger pour l’économie), ce dont il faut tenir compte pour prévoir les taux d’intérêt à long terme aussi bien aux États-Unis qu’en Europe.

 

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