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Pourquoi l’euro reste beaucoup trop cher

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°747

Entreprises en difficulté : pour une meilleure maîtrise des risques

Depuis que le traité dit « de la règle d’or » a été signé le 2 mars 2012 par les gouvernements européens, il faut s’attendre à une austérité budgétaire drastique et conjointe dans chacun des pays de la zone euro, et ce alors même que cette partie du monde vient de rechuter en récession franche.

Ce durcissement budgétaire violent ne s’accompagne d’aucune mesure de soutien à la croissance. Pourtant, si Jacques Rueff avait réussi en 1958 à redresser aussi bien les finances publiques de la France, c’était parce qu’il avait alors accompagné la rigueur budgétaire d’une dépréciation de 20 % du franc français. Celle-ci avait contribué à redresser les échanges extérieurs, à protéger la croissance et à améliorer le solde budgétaire.

Aujourd’hui, une rigueur budgétaire extrême s’applique mais elle ne s’assortit d’aucun accompagnement : ni dépréciation de l’euro, ni baisse du niveau des taux.

Le niveau général des taux européens est historiquement bas et provient d’un recours à des artifices extrêmes par la BCE. Il faudra donc s’estimer content si on parvient à échapper à un retournement des taux à la hausse.

Dès lors, pour éviter la redoutable spirale « Austérité-Récession-Déception budgétaire-Austérité », la seule initiative disponible serait une dépréciation brutale et sans retour de l’euro contre le dollar, et indirectement contre le yuan.

Une telle opportunité s’est présentée à l’Europe : au début de l’été 2011, les fonds spéculatifs, anticipant de graves difficultés pour l’Union économique et monétaire et pour la zone euro, prirent de fortes positions à la baisse de l’euro contre le dollar. On était là en quelque sorte dans un schéma de « spéculation rééquilibrante ».

Mais cette fois, par exception, la spéculation ne s’est pas autoréalisée. À leur propre surprise, les fonds ont constaté que le renforcement jusque fin 2011 des positions baissières contre l’euro ne se concrétisait absolument pas. L’euro est resté cantonné entre 1,30 et 1,35 dollars.

Pourtant, ni la FED ni la BCE n’ont agi. Énigme majeure : qui donc avait la capacité de faire échec à ce mouvement spéculatif massif ? Selon nous, seule la banque centrale d’un pays disposant de réserves de change colossales disposait d’une telle capacité : il lui suffisait en effet de vendre contre des euros une fraction de ses avoirs en dollars.

Au total en tout cas, l’euro reste trop cher contre le dollar et beaucoup plus encore contre le yuan. De ce fait, les efforts d’austérité budgétaire mis en œuvre risquent fort d’aboutir à un redoutable fiasco.

 

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