Change & Taux

Normalisation de l’inflation aux Etats-Unis

L'auteur

  • Philippe Weber
    • Responsable des études et de la stratégie
      CPR Asset Management

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°809

Crédit aux PME : de nouvelles tendances émergent

L’inflation semble enfin en voie de se normaliser aux États-Unis. C’est en tout cas ce que déclare la Réserve fédérale américaine : « l’inflation a été proche de l’objectif de long terme de 2 % ». Il n’y a, à dire vrai, pas besoin de l’onction de la banque centrale pour s’en convaincre. Voilà des mois que la quasi-totalité des mesures montrent une hausse graduelle. Certes, le renchérissement du pétrole en explique une partie, mais on observe la même hausse dans les indicateurs qui éliminent, sinon le pétrole, du moins ses effets directs. Pour n’en citer qu’un, l’inflation « médiane » est supérieure à 2 % depuis l’automne 2011 et a graduellement accéléré de 2,1 % en janvier 2017 à 2,5 % aujourd’hui. Il ne s’agit pas d’hyperinflation, bien entendu, mais d’une hausse des prix qui permet un ajustement plus aisé des prix relatifs. On peut légitimement espérer que cela va se poursuivre. En effet, au-delà des fluctuations de court terme, un déterminant robuste à moyen terme de l’inflation est le degré d’utilisation des ressources. Or pratiquement tous les indicateurs signalent que l’économie américaine est aujourd’hui proche du plein-emploi : ainsi, le taux de chômage est à 4,4 % en avril, soit le niveau d’avant la crise. En principe, les salaires devraient accélérer, même s’ils ne le font pour l’instant qu’avec une extrême prudence. Plus généralement, une bonne mesure de l’utilisation des capacités est l’output gap (« écart de production »), différence entre production effective et production potentielle. Cet écart s’était très fortement creusé avec la crise. Il s’est lentement comblé, malgré la faiblesse relative de la reprise : c’est que la croissance de ce potentiel est fortement ralentie par la démographie et la faible hausse de la productivité. Il s’est lentement comblé mais, dans toutes les estimations, il est aujourd’hui proche de zéro : toute accélération de croissance conduira à une certaine tension sur l’appareil de production et donc à un peu plus d’inflation. Si Donald Trump arrive à faire voter son plan de baisse d’impôts, cela suffira, mais ce n’est sans doute même pas nécessaire. Il faut donc s’attendre à des hausses de prix plus conformes à ce qu’on avait l’habitude de voir pendant la « grande modération », et à un retour à des taux d’intérêt eux aussi plus normaux.

 

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