Change & Taux

Le moment est venu

L'auteur

  • Philippe Weber
    • Responsable des études et de la stratégie
      CPR Asset Management

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°787

Régulation financière : le poids des députés européens

« Quand le taux de chômage sera inférieur à 6,5 %… », « pas avant une durée considérable… », « nous serons patients… », « quand nous observerons une amélioration du marché de l’emploi… », « quand nous observerons une certaine amélioration du marché de l’emploi… » : le guidage avancé (forward guidance) de la Réserve fédérale a usé, depuis un peu plus d’un an, de formulations diverses, témoignant d’une prudence manifeste avant de procéder à la première hausse du taux des fonds fédéraux depuis plus de neuf ans – et après sept ans de taux à pratiquement 0 %. La décision est sans doute maintenant imminente. L’économie, sans être flamboyante, s’est rapprochée de la normale, avec une croissance supérieure à 2 % et un taux de chômage à 5,3 %. Certes, l’inflation annuelle est toujours très faible ; mais dans les trois derniers mois, elle est, en taux annualisé, supérieure à 2 %. On objecte que les marchés pourraient mal réagir, comme en 1994 lorsque le resserrement monétaire avait provoqué un krach obligataire. Mais cette fois-ci, le mouvement est anticipé : pourquoi les marchés ne seraient-ils pas comme en 2004, lorsque les taux longs n’avaient pratiquement pas réagi à la hausse des taux courts ? On objecte aussi que l’économie, par plusieurs aspects, est encore fragile, ce qui est vrai, et qu’une hausse des taux pourrait casser l’activité, obligeant alors à inverser le mouvement. Il est pourtant difficile d’imaginer que passer d’une politique extraordinairement accommodante à une politique simplement très accommodante suffirait à briser la croissance. Au demeurant, on ne voit guère quelle vanité mal placée interdirait à la banque centrale de rebaisser les taux, si nécessaire. On pourrait au contraire légitimement arguer qu’il faut avoir une marge de manœuvre pour baisser le taux directeur dans l’éventualité d’une récession traditionnelle, et donc le monter avant. Les relations traditionnelles entre le taux directeur et la croissance nominale ou diverses mesures du marché de l’emploi impliqueraient aujourd’hui un taux proche de 4 %. Les dégâts causés par la crise financière et les incertitudes de la conjoncture, notamment internationale, justifient sans doute qu’on n’y soit pas, et qu’on ne s’en rapproche qu’avec circonspection. L’attentisme serait compréhensible, voire souhaitable, si le taux des fonds fédéraux était quelque part entre 2 et 3 % ; mais il est à 0 %, avec toutes les distorsions que cela peut provoquer à la longue : le moment est venu d’amorcer la hausse de taux.

 

Achevé de rédiger le 17 août 2015

 

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