Économie

Les marges bénéficiaires des entreprises sont-elles normalisées et bien utilisées en France ?

importations en valeur

L'auteur

  • Patrick Artus
    • Chef économiste
      Natixis
    • Directeur de la recherche et des études
      Natixis

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°788

Titrisation : pour une meilleure répartition des risques

On observe en France une amélioration des marges bénéficiaires de l’ensemble des entreprises, une normalisation des marges bénéficiaires de l’industrie, mais un niveau de marges restant cependant plus faible qu’en Allemagne, de peu cependant dans l’industrie.

D’où vient l’amélioration des marges bénéficiaires des entreprises françaises ?

  • d’abord de la baisse du prix du pétrole, qui réduit la valeur des consommations intermédiaires (d’énergie par les entreprises) de plus de 2 points de PIB en France ;
  • ensuite, de la dépréciation de l’euro, qui permet aux entreprises ayant des concurrents étrangers d’accroître leurs prix de vente. Le prix de la valeur ajoutée de l’industrie a ainsi progressé de 3,5 % depuis le début de 2014 ;
  • enfin, de la politique économique du gouvernement français (baisse des impôts des entreprises avec le CICE, le Pacte de responsabilité) qui a pour l’instant stabilisé seulement la pression fiscale sur les entreprises.

Que vont faire les entreprises françaises de l’amélioration de leurs marges ? Une amélioration des marges des entreprises peut avoir de nombreux usages : l’accumulation de réserves de cash (de liquidité, d’actifs monétaires) ; le désendettement ; la baisse des prix de vente ; la hausse des dividendes ; la hausse des salaires ; la hausse des investissements ; la hausse des stocks ; la hausse de l’emploi.

Regardons la situation présente en France sur ces points.

L’accumulation de réserves liquides et monétaires par les entreprises françaises se poursuit (voir Graphique 1). On observe au contraire une reprise de l’endettement des entreprises depuis le second semestre 2014, et on l’a vu plus haut, une hausse de leurs prix. Il y a une remontée très faible des dividendes, mais leur niveau reste bas, tandis qu’il y a au contraire un ralentissement des salaires. Enfin, le redressement de l’investissement en 2015 est à peine perceptible, la hausse des stocks se réduit et la croissance de l’emploi reste très faible.

On voit donc aujourd’hui en France que l’usage essentiel de l’amélioration des marges bénéficiaires des entreprises est la hausse de leurs réserves de cash (de liquidités). Ceci révèle le niveau très élevé d’aversion pour le risque des entreprises ; il faut espérer que cette situation va évoluer.

 

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