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Les banques françaises face au défi de la digitalisation

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Comment les banques françaises font-elles face aux défis posés par les évolutions technologiques et les changements des habitudes de consommation ?

Les banques ne peuvent pas ignorer la digitalisation extrêmement rapide des modes de consommation. Un nombre croissant de clients ne se déplacent plus en agence et délaissent les sites internet au profit d’applications digitales. Les banques doivent s’adapter rapidement, sous peine d’être distancées par des acteurs plus agiles. Les grands groupes bancaires répondent à cette menace en investissant massivement dans leurs systèmes informatiques et en digitalisant les parcours clients.

Les banques sont régulièrement confrontées à des ruptures technologiques et des attentes nouvelles de leurs clients. Dans les années 1980, l’industrie bancaire a investi massivement dans l'informatique, afin de gérer la forte croissance des données générées par son activité. L’arrivée d’internet, à la fin des années 1990, a également causé des évolutions rapides dans le monde bancaire. Cependant, les craintes sur les conséquences négatives de ces évolutions sur l’avenir de l’industrie bancaire ne sont pas matérialisées. Les grands groupes bancaires ont rapidement adopté les nouvelles technologies et ont conservé la relation avec leurs clients en leur offrant les accès et fonctionnalités désirées. La forte composante informatique présente dans l’activité bancaire permet aux banques de s’adapter aux évolutions technologiques et d’en tirer parti.

Courent-elles le risque d’être dépassées ou « ubérisées » par les nouveaux acteurs bancaires du monde digital ?

Certains secteurs, comme l’hôtellerie ou la presse, ont vu leur modèle économique révolutionné et parfois fragilisé. Les banques traditionnelles, elles, ont su s’adapter et offrent désormais des services et accès technologiques et digitaux à leurs clients. Leurs ressources financières leur ont permis de garder une longueur d’avance en développant les outils en interne ou en acquérant des FinTechs innovantes.

Il existe cependant bien un risque que les banques soient fortement concurrencées dans certaines activités, comme les paiements ou les prêts à la consommation, par des acteurs de type GAFA qui possèdent d’immenses moyens financiers, un savoir-faire technologique et des bases de clients gigantesques. Il est donc primordial pour les banques de conserver la relation directe avec leurs clients et de ne pas se faire « court-circuiter » par des acteurs ayant un accès privilégié au consommateur via les réseaux sociaux ou la téléphonie, par exemple. À ce jour, ce phénomène ne s’est pas concrétisé à une échelle significative.

La rentabilité du secteur bancaire français ne va-t-elle pas souffrir de la concurrence des nouveaux entrants et de la digitalisation ?

L’irruption des FinTechs et GAFA sur certains segments bancaires ainsi que la multiplication des banques en ligne pèsent sur la rentabilité des acteurs traditionnels. La concurrence des nouveaux acteurs dans le secteur des paiements grève les marges des banques. Les pures banques en ligne et les néobanques ont aussi un impact négatif sur la rentabilité des banques de détail du fait de leur positionnement tarifaire peu élevé, voire gratuit dans certains cas. Selon nos calculs, un client de banque en ligne pure est environ cinq fois moins rentable qu’un client de réseau traditionnel. Cela pèse sur la rentabilité des banques traditionnelles, d’autant que près d’un tiers des nouveaux comptes bancaires sont ouverts chez ces banques en ligne et néobanques.

Par ailleurs, les banques doivent digitaliser leurs services bancaires à marche forcée, ce qui requiert d’énormes investissements informatiques qui pèsent lourdement sur leurs charges d’exploitation. Ces investissements s’accompagnent de gains opérationnels significatifs. Par conséquent, les économies en personnel et le redimensionnement des réseaux d’agences compenseront progressivement les efforts financiers induits par la digitalisation. À terme, la digitalisation permettra aux banques d’augmenter leur agilité opérationnelle et de baisser leurs coefficients d’exploitation toujours élevés.

 

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