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États-Unis : de la passivité commerciale à l’aventurisme monétaire

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Revue Banque n°753

Résolution des crises bancaires : trouver la bonne équation

La planche à billets, son concept, sa pratique, n’est enseignée dans aucune université du monde : jusqu’en 2009, sur la base d’expériences désastreuses (France en 1791, Allemagne en 1923…), économistes et politologues étaient unanimes à la taire, pour mieux s’y opposer.

M. Bernanke vient pourtant d’annoncer sereinement que la Fed prolongerait et intensifierait le recours à sa planche à billets ; il s’est engagé à acheter autant que nécessaire des obligations hypothécaires et des Treasuries pour maintenir durablement les taux longs très en dessous de l’inflation ; à ses yeux, il s’agit, comme déjà en 2003, de redémarrer l’immobilier et Wall Street, au prétexte que cela redynamisera durablement la production et l’emploi.

Certains experts estiment même que la Fed est déjà prête à porter à 60 % d’ici fin 2014 la part de la dette fédérale à long terme qui aura été financée par sa planche à billets.

En même temps, M. Plosser, membre de la Fed, avouait son impuissance à expliquer pourquoi l’économie avait si peu réagi à la stimulation considérable dont elle est l’objet depuis fin 2008.

Cette énigme peut être levée aisément : le territoire des États-Unis (comme celui des autres pays) souffre d’une sous-compétitivité massive face à la Chine. La production y est asphyxiée, à la fois par un déficit commercial, colossal et renouvelé, et par une panne prolongée de l’investissement industriel.

Et si M. Bernanke occulte autant ce paramètre Chine, c’est parce que, depuis 2000, les sphères dirigeantes américaines ont convenu d’un tabou : ne jamais admettre que la Chine, par sa stratégie de guerre économique, déstabilise les États-Unis et leurs alliés.

Derrière ce tabou, on trouve les multinationales industrielles qui cachent de moins en moins leur attachement au statu quo : désormais, elles récusent toute réévaluation du yuan et toute barrière douanière contre le made in China. Cela compromettrait les profits somptueux qu’elles réalisent sur tous les marchés (États-Unis, Chine, pays tiers).

Les dirigeants politiques successifs, pour éviter à leur population une récession franche et renouvelée, se voient alors obligés de pratiquer une double fuite en avant, dans le déficit budgétaire et dans la planche à billets. Leur passivité commerciale à l’égard de la Chine conduit ainsi les États-Unis à un aventurisme monétaire jamais vu en temps de paix.

 

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