Economie

Estimer l’impact économique de la crise du Covid-19

Impat économique

L'auteur

  • M. Brière 2
    • Responsable du Centre de recherche aux investisseurs
      Amundi
    • Professeur associé
      Université Paris-Dauphine

Revue de l'article

Le 23 février 2020, lorsque l’Italie a déclaré le lockdown de la Lombardie, puis le 11 mars 2020, lorsque l’OMS a qualifié de pandémie l’éruption du virus Covid-19, ce qui avait démarré comme une maladie nouvelle dans une ville de Chine, s’est transformé en quelques semaines en l’une des plus graves crises sanitaires mondiales. Les marchés actions ont plongé. L’amplitude de la réaction est liée à la sévérité du choc économique anticipé par les marchés, mais également à l’importance de la surprise. Le risque de pandémie ne figurait pas dans la liste des 10 risques les plus probables du « Global Risk Report » publié par le World Economic Forum en janvier [1]. Les cas de développement d’épidémies ne sont pourtant pas sans précédents, même dans l’histoire récente (SARS en 2002, H1N1 en 2010, Ebola en 2014, MERS en 2019), mais l’épidémie de Covid-19 représente un cas extrême, de par son ampleur.

Des travaux académiques commencent à voir le jour, pour évaluer l’impact macroéconomique de la pandémie (Barro et al., 2020 [2] ; Gourinchas, 2020 [3] ; Eichenbaum et al. (2020) [4]). Les estimations sont délicates, car l’ampleur de l’impact dépend non seulement de la diffusion de la maladie (les personnes malades ne contribuent plus au PIB), mais également des réponses politiques. Ainsi, les mesures de confinement, les restrictions des déplacements, les fermetures de frontières freinent les dépenses des ménages et les capacités de production des entreprises, tandis que les mesures de soutien permettent de maintenir les salaires et l’accès au crédit, mais aussi d’éviter à la fois les licenciements, les perturbations dans les chaînes de production et les faillites en cascade. Mais les réponses politiques sont endogènes et dépendent elles-mêmes de l’ampleur de l’épidémie et de la crise économique anticipée. Par ailleurs, l’incertitude entourant l’évolution de la situation sanitaire et économique, tant de la part des ménages que des entreprises, peut accentuer l’impact négatif de la crise.

Barro et al. (2020) ont estimé l’impact économique de l’épidémie de grippe espagnole qui a tué 39 millions de personnes de 1918 à 1920. L’impact estimé sur le PIB moyen par habitant des 43 pays étudiés est de -6 %. Gourinchas (2020) estime une réduction du PIB par rapport à 2019 de 6,5 % pour un confinement de 2 mois et 10 % pour 3 mois aux États-Unis. Il montre que les mesures de confinement actuelles permettent d’étaler le pic épidémique, mais peuvent aussi accentuer la sévérité de la récession. Au final, la politique de confinement optimale dépend de l’évolution de l’épidémie et de l’impact économique associé. Celle tirée du modèle de Eichenbaum et al. (2020) sauve 0,6 million de vies aux États-Unis mais amplifie la sévérité de la récession en réduisant la consommation de 2 % (sans confinement) à 9 % (avec).

 

[1] https://www.weforum.org/reports/the-global-risks-report-2020

[2] Barro R.J., J.F. Ursúa et J. Weng, « The coronavirus and the great influenza pandemic: Lessons from the “spanish flu” for the coronavirus’s potential effects on mortality and economic activity », No. w26866. National Bureau of Economic Research, 2020.

[3] Gourinchas P.O., « 2 Flattening the pandemic and recession curves  – Mitigating the COVID Economic Crisis: Act Fast and Do Whatever it Takes, 2020.

[4] Eichenbaum M.S., S. Rebelo et M. Trabandt, The macroeconomics of epidemics, No. w26882. National Bureau of Economic Research, 2020.

 

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