Change & taux

L’énigme du dollar

L'auteur

  • Philippe Weber
    • Responsable des études et de la stratégie
      CPR Asset Management

Revue de l'article

La hausse du cours euro/dollar depuis le début de l’année a été exceptionnellement forte et rapide. Il est difficile d’expliquer complètement l’ampleur de ce mouvement. À long terme, les déterminants usuels du change sont le niveau des prix et les balances courantes. La parité de pouvoir d’achat est celle qui égalise les niveaux de prix. Elle est sans doute proche du niveau observé aujourd’hui, mais elle n’a certainement pas changé depuis le début de l’année, et les taux d’inflation tant présents qu’anticipés des deux côtés de l’Atlantique sont voisins. La balance courante de la zone euro est très excédentaire, celle des États-Unis très déficitaire ; mais ce n’est guère nouveau ! À court terme, un des meilleurs facteurs explicatifs est l’écart des taux courts anticipés. Or on attend plutôt une hausse, certes mesurée, des taux américains, et un statu quo de la BCE : cela devrait tirer le dollar vers le haut ! On peut aussi citer les écarts de conjoncture, désormais très faibles, la croissance étant attendue autour de 2 % dans presque tous les pays développés. Il est vrai que la croissance des États-Unis a été revue plutôt en baisse, celle de la zone euro plutôt en hausse, mais cela s’est fait graduellement, et pas dans des proportions qui expliqueraient un choc aussi violent sur le change. Un dernier facteur peut être observé depuis la mise en place des politiques d’assouplissement quantitatif (QE) : en effet, l’accroissement massif de l’offre de dollars qui a résulté de la première vague de QE par la Réserve fédérale s’est traduit par une baisse de cette devise. Inversement, lorsque la BCE a commencé ses achats, l’euro a baissé. Depuis 2011, le ratio entre les montants de QE de la Réserve fédérale et de la BCE est très bien corrélé avec le change bilatéral. Or la Réserve fédérale n’augmente plus son bilan et s’apprête à le diminuer, tandis que la BCE continue à l’augmenter, à un rythme certes ralenti. Si ce seul facteur jouait, le change devrait être de l’ordre de 1,05 $ pour 1 € ! Or il est de 1,19 le 18 septembre 2017. Finalement, l’explication pourrait ne pas être économique, mais politique : en effet, la perception de la situation a nettement changé. En zone euro, les risques sont jugés désormais très atténués depuis les élections françaises. Inversement, aux États-Unis, le comportement parfois imprévisible du président Trump et son incapacité à faire passer la plupart de ses propositions économiques au Congrès ont complètement annulé l’optimisme, il est vrai un peu étonnant, qui avait suivi son élection.

 

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