Economie

« Double dip » aux États-Unis ?

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°738

La gestion d'actIfs entre en résistance

Les derniers chiffres macroéconomiques aux États-Unis ont fait resurgir les craintes d’une possible nouvelle entrée en récession de l’économie américaine. Si les double dips (au sens d’une récession redémarrant moins de 2 ans après la reprise) étaient fréquents avant 1945, on n’en recense qu’un seul après guerre : la récession de 1980, suivie de celle de 1981-82.

Le ralentissement du 2e trimestre reflète simplement une normalisation cyclique à laquelle s’ajoutent des chocs temporaires exceptionnels tels que le tsunami japonais et le choc d’offre libyen sur le pétrole (perte de plus de 2 % de la production pétrolière mondiale depuis plus de 3 mois). La stabilisation des matières premières et le rebond japonais devraient a priori favoriser un certain redressement de l’activité aux États-Unis dans la seconde partie de l’année.

Plus fondamentalement, les conditions économiques ne sont pas remplies pour une nouvelle récession :

  • hausse de la profitabilité des entreprises non financières (qui expliquent 90 % de l’emploi et de l’investissement) ;
  • bas niveau du taux d’investissement ;
  • bas niveau des stocks, eu égard à la demande.

Ajoutons que l’Amérique crée 156 000 emplois en moyenne mensuelle depuis le début de l’année (contre 78 000 l’an dernier), ce qui est de nature à compenser la nécessaire poursuite du désendettement des ménages.

Quant aux conditions financières, elles ont rarement été aussi accommodantes : taux réels sous la croissance potentielle, taux de change effectif réel du dollar proche de ses points bas d’après-guerre, amélioration des conditions bancaires de crédit, bonne résistance des marchés actions et du crédit…

Bien sûr, un double dip est toujours possible, sous l’effet de facteurs exogènes : un choc systémique en Europe à la suite de la crise grecque, la déstabilisation de l’Arabie Saoudite qui enverrait le prix du pétrole sur des sommets… En interne, on pense surtout à une grave erreur de politique budgétaire : un non-relèvement du plafond de la dette fédérale ou, plus simplement, une politique excessivement restrictive en 2012. Mais cela reste peu probable.

La véritable question qui se pose est plutôt la capacité réelle d’expansion de l’économie américaine pour les prochaines années. Après une décennie perdue à fabriquer une bulle immobilière destructrice, à dégrader la situation structurelle des finances publiques, à décliner en leadership technologique, il est plus que probable que la croissance potentielle ne se situe plus guère qu’à à peine 2 %, c’est-à-dire le niveau le plus bas d’après-guerre.

 

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