Economie

Le débat sur la situation des banques de la zone euro et la politique monétaire

Si les banques de la zone ont des profits faibles, elles vont hésiter à prendre des risques ; si la rentabilité des fonds propres des banques de la zone euro est faible, elles ont du mal à lever du capital et à attirer des investisseurs.

Le débat sur la situation des banques de la zone euro et la politique monétaire

L'auteur

  • Patrick Artus
    • Chef économiste
      Natixis
    • Membre du comité exécutif
      Natixis

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°833

Fusions transfrontalières: Les obstacles à surmonter

Un nombre croissant d’économistes, et bien sûr de dirigeants de banques, s’inquiètent de l’effet de la politique de taux d’intérêt nuls ou négatifs menée par la Banque Centrale Européenne (BCE) sur la situation des banques de la zone euro. La position de la BCE sur cette question ne paraît pas claire, des voix discordantes s’étant fait entendre. Il faut donc se demander si les taux d’intérêt bas affaiblissent les banques de la zone euro, si cet affaiblissement peut conduire à une contraction de l’offre de crédit et de la croissance, et enfin quelles solutions au problème de faible rentabilité des banques peuvent être trouvées.

Une contraction de l’offre de crédit ?

Les banques de la zone euro souffrent à la fois de la faiblesse des taux d’intérêt sur les crédits et des taux d’intérêt négatifs sur leurs dépôts à la Banque Centrale. Il en résulte le recul des intérêts reçus par les banques, de la profitabilité des banques et du rendement des fonds propres des banques. Les profits des banques de la zone euro représentent en 2018 0,4 % du produit intérieur brut contre 0,8 % avant la crise de 2008. Le rendement des fonds propres (ROE) des banques de la zone euro atteint 7 % en 2018 contre 16 % avant la crise de 2008. On comprend alors les arguments de ceux qui s’inquiètent de cet affaiblissement de la profitabilité et de la rentabilité des banques.

Si les banques de la zone ont des profits faibles, elles vont hésiter à prendre des risques ; si la rentabilité des fonds propres des banques de la zone euro est faible, elles ont du mal à lever du capital, à attirer des investisseurs. Dans les deux cas, ceci décourage les banques de prêter, ce qui peut aboutir à la contraction du crédit et au freinage de la croissance.

Regardons si effectivement on voit une contraction de l’offre de crédit dans la zone euro. La distribution de crédit au secteur privé effectivement est faible – elle augmente de 2 % sur un an au début de 2019 –, mais il peut s’agir d’un effet de la faiblesse de la demande de crédit. Quand on examine les enquêtes des banques centrales sur les conditions de l’offre de crédit dans la zone euro, on observe seulement des conditions un peu plus restrictives des crédits aux ménages.

Trois possibilités

Enfin, il est vrai qu’il apparaît une légère désintermédiation du financement des entreprises non financières de la zone euro avec la substitution partielle d’un financement obligataire au financement par crédit bancaire. On peut donc sans doute conclure que les taux d’intérêt très bas, en réduisant la profitabilité et la rentabilité des banques de la zone euro, commencent à faire apparaître une légère contraction de l’offre de crédit bancaire.

Comment alors réagir ? La BCE peut décider d’ignorer le problème, en suggérant aux banques de réduire leurs coûts pour compenser les effets des taux d’intérêt très bas. Si elle décide de redresser la profitabilité des banques de la zone euro, elle a le choix entre trois possibilités. Soit remonter le taux d’intérêt des dépôts des banques (actuellement - 0,40 %) ou pratiquer le « tiering », c’est-à-dire n’appliquer le taux d’intérêt négatif qu’à une fraction des dépôts des banques à la Banque Centrale ; mais il existe un débat pour savoir si cette décision ne correspondrait pas au passage à une politique monétaire plus restrictive. Soit mettre en place des repos à long terme vraiment longs (4 à 5 ans et non 2 ans) qui permettent aux banques de les utiliser pour prêter ou pour investir en dettes publiques. Soit enfin ouvrir un Quantitative Easing consistant en l’achat de dettes bancaires, pour faire baisser le coût du financement des banques. Mais, à la fin, il n’y aura vraiment rétablissement de la profitabilité des banques de la zone euro que quand la courbe des taux d’intérêt sera plus pentue.

 

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