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Covid-19 : une grande dépression ?

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°845

Crise de COVID-19 : Quelle résilience des banques françaises ?

Il est probable, hélas, que le rythme de contraction de l’économie américaine et mondiale soit au 1er semestre 2020 semblable, voire supérieur, à celui que le monde a enregistré à partir de l’automne-hiver 1929.

Mais la récession actuelle sera beaucoup plus courte que celle qui commença en 1929. Officiellement, la récession (au sens du National Bureau of Economic Research) démarra aux États-Unis en août 1929 pour s’achever en mars 1933. Un délai comparable à ce qu’a connu l’Allemagne, pays européen le plus touché par la crise de 1929. La récession dura donc 43 mois, soit beaucoup plus que la durée moyenne des récessions aux États-Unis depuis 1854 (17,5 mois). Et le rythme de contraction fut particulièrement soutenu au cours de ces presque 4 années.

En effet, le PIB américain a diminué au cours de cette période de 26 % en termes réels et de 45 % en termes nominaux, un choc sans équivalent historique depuis le milieu du XIXe siècle.

Personne, même naturellement très « pessimiste », ne peut envisager cela aujourd’hui, au moins pour des raisons économiques. En réalité, la récession de 1929-1933 fut avant tout une dépression au sens où il n’y eut dans un 1er temps aucun régulateur de nature à enrayer la contraction de l’activité. À l’inverse, tout ou presque contribua à entretenir et à amplifier la récession : l’explosion du chômage, les faillites industrielles et bancaires, les fuites de capitaux, la baisse de la masse monétaire, le recul du commerce mondial…

Aujourd’hui, il y a quatre régulateurs de nature à empêcher les enchainements dépressifs.

D’abord la politique économique (monétaire, budgétaire…), probablement aujourd’hui la plus ambitieuse de l’histoire en temps de paix. En 1929, nous vivions sous le régime de l’étalon-or et de l’attachement au dogme de l’équilibre budgétaire, avec peu de stabilisateurs automatiques.

La deuxième raison tient à la solidité du système bancaire. Lors de la Grande Dépression, presque un tiers des banques américaines tomba en faillite, sans système de garantie des dépôts.

Parallèlement, l’économie d’avant-guerre était naturellement plus cyclique. Le poids de l’agriculture et de l’industrie manufacturière était ainsi de 35 % du PIB en 1929 aux États-Unis contre 14 % aujourd’hui.

Enfin, la coopération internationale était quasi nulle dans les années 1930. Aucune assurance de liquidité au niveau international, d’où des effets « domino » dépressifs du fait des retraits américains d’Europe. Absence de structure de refinancement international, comme le FMI ou la Banque mondiale. Aucun organisme de restructuration de dette internationale, d’où de multiples défauts souverains. Ajoutons que la généralisation brutale du protectionnisme a très probablement accentué les pressions dépressives.

 

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