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Conquérir la place de « monnaie du monde »

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°763

Banque de détail : vers un nouveau business model

Selon la presse officielle chinoise, les présidents Obama et Xi Jinping, lors de leur rencontre des 6 et 7 juin 2013, auraient convenu de mettre en place un dispositif de type « téléphone rouge » pour éviter que des incidents imprévus entre les États-Unis et la Chine ne dégénèrent. Un signe qui confirme le surgissement d'une véritable guerre froide, découlant de la parité de puissance globale qui existe désormais entre les deux très grands pays.

La Chine, déjà première puissance démographique, est devenue aussi première puissance industrielle et commerciale, économique et surtout financière. Les États-Unis restent en tête dans les domaines militaire, technologique et du softpower [1] et ils conservent également la place de première puissance monétaire. En effet, le dollar demeure la monnaie du monde, celle dans laquelle sont encore facturés et réglés l'essentiel des échanges mondiaux et l'intégralité des échanges de matières premières. Détenir du dollar, c'est aussi détenir un bon d'achat sur les matières premières disponibles dans le monde.

Depuis 70 ans, les banques centrales de la planète acceptent ainsi d'accumuler des dollars. Et ce même lorsque les États-Unis procèdent à une émission massive de dollars, comme ce fut le cas pour financer la guerre des étoiles contre l'URSS ou, comme aujourd'hui, pour relancer artificiellement leur économie. Parce qu'il contribue à maintenir la puissance technologique et militaire des États-Unis, ce privilège du dollar est majeur.

La Chine s'emploie à l'abattre. Appuyée sur la Russie, elle catalyse, depuis 2005 et plus encore depuis 2008, le puissant mouvement haussier sur l'or qui s'était amorcé en 2001. Il s'agit pour elle de disqualifier le dollar aux yeux des pays tiers.

Le 2 septembre 2011, l'or a culminé à 1 883 dollars l'once, quand le désarroi des dirigeants occidentaux était à son comble. Grâce à un début de normalisation économique, l'or recula à 1 558 dollars l'once le 10 avril 2013, sans que le trend haussier ne soit pourtant cassé. Il fallut que la Fed prépare puis confirme l'annonce d'une sortie du quantitative easing pour que, malgré les achats renouvelés de la Chine, l'or s'effondre (à 1 201 dollars le 28 juin 2013) et cesse de nuire au statut du dollar.

Provisoirement au moins. Car la Fed a peut-être obtenu une victoire à la Pyrrhus : en laissant le rendement Treasury 10 ans monter brutalement, elle a pris un risque considérable, celui d'affaiblir une économie américaine encore convalescente.

Si elle devait renoncer à concrétiser son annonce (le 19 juin 2013) de sortie progressive du quantitative easing avant fin 2013, elle s'exposerait à ce que l'or reparte à la hausse. La Chine inscrirait alors de nouveaux points dans l'affrontement entre le yuan et le dollar.

[1] Influence d'un pays par des moyens non coercitifs.

 

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