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Chine : un démenti majeur à la théorie de la double barbichette

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°740

Les banques centrales en dehors des sentiers battus

Innombrables sont les articles et livres parus dans lesquels de très bons esprits entreprenaient de nous rassurer quant à l’évolution de la relation des pays occidentaux avec la Chine ; on nous expliquait qu’il ne fallait craindre ni un yuan extrêmement sous-évalué contre le dollar et contre l'euro, ni nos déficits commerciaux répétés, colossaux et croissants à l’égard de la Chine.

La Chine, nous disait-on, ne pourrait pas transformer en une relation de domination politique sa position lourdement créancière sur des pays occidentaux devenant lourdement débiteurs. À mesure que nous deviendrions plus dépendants de la Chine, la Chine deviendrait plus dépendante de nous. Si la Chine cessait de nous prêter davantage, elle se tirerait une balle dans le pied : les pays occidentaux diminueraient leurs achats auprès d’elle et pourraient même en arriver à répudier leurs dettes…

Cette théorie de la double barbichette vient pourtant d’être démentie par l’attitude des autorités chinoises : le 14 septembre à Dalian, le Premier ministre chinois Wen Jiabao a signifié aux gouvernements occidentaux que la Chine était la seule à pouvoir satisfaire leurs énormes besoins de financement supplémentaires mais elle a affiché sa réticence à le faire ; elle subordonnera ses financements à une austérité budgétaire renforcée et elle exigera des contreparties politiques à mesure que s’accentuera l’endettement auprès d’elle. La relation de pouvoir est donc tout sauf symétrique.

La Chine a réussi à se constituer des réserves totales de change pour 4 891 milliards de dollars (chiffre de juin 2011). Au moment où le statut de monnaie de réserve du dollar et de l’euro est sérieusement ébranlé, cela confère à la Chine la suprématie absolue sur les marchés financiers internationaux. Rien ne l’oblige à prêter long aux pays occidentaux ; elle peut leur prêter court et elle dispose d’un exutoire pour ses devises : l’achat d’or ou de commodities. À mesure de leurs déficits commerciaux renouvelés, les divers pays occidentaux, quant à eux, sont contraints chaque trimestre d’obtenir du financement supplémentaire de la Chine. D'une telle configuration, ressort un rapport de forces très favorable à la Chine, ce qui lui permet alors de nous dicter des conditions léonines…

 

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