Economie

Chine : les dangers de la banque fantôme

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°773

Financement de l'immobilier : profession en chantier

Le  shadow banking chinois, dans sa définition large, représente 70 à 80 % du PIB et est à l'origine d'environ la moitié du crédit distribué depuis 2009. Il présente un certain nombre de risques :

  • un risque de crédit : il est largement utilisé pour financer les acteurs qui ont peu accès au crédit bancaire classique et sont donc plus risqués ;
  • un risque de liquidité: le shadow banking fait de la transformation en finançant à court terme des actifs de long terme ;
  • un risque de solvabilité : les entités du shadow banking n'ont pas les mêmes contraintes que les banques en terme de capitalisation, réserves de liquidité, provisionnements ;
  • en dernier lieu, le système est très sensible à la valeur du collatéral, le plus souvent l'immobilier et le foncier.

Faut-il pour autant craindre un risque systémique ? Le poids du shadow banking est plus faible qu'aux États-Unis en 2008. Les risques paraissent aussi un peu plus diversifiés alors que, avec la crise subprime, il y avait concentration dans l'immobilier. Les produits semblent également plus simples et il n'y a ainsi pas d'empilement de produits structurés de crédit.

Surtout, la Chine dispose de marges de manœuvre macrofinancières (une dette publique « officielle » de l'ordre de 55 % du PIB…) de nature à contrer l'impact récessif d'un stress.

Quant à la transmission internationale d'un choc chinois, il serait sensiblement plus faible qu'en 2007-2008. D'abord, la Chine ne représente qu'un peu plus de 12 % du PIB mondial en dollars courants, contre 24 % pour les États-Unis de 2007, et son poids dans la demande finale est encore plus faible. Surtout, les actifs chinois et les banques chinoises ne sont pas internationalisés comme les actifs et banques américaines en 2007-2008.

En revanche, la hausse du crédit et de cette libéralisation financière de fait a été plus rapide et importante en Chine depuis 5 ans, dépassant largement les « niveaux critiques » définis par la BRI et augmentant ainsi le risque de crise financière.

Le cruel dilemme pour les autorités est le suivant :

  • enrayer le développement du shadow banking risque d'entraîner un ralentissement trop marqué de l'économie, qui lui-même entraînera une nouvelle dynamique des défauts et étendra fortement le risque de liquidité/solvabilité ;
  • d'un autre côté, agir de façon trop graduelle n'entrave pas suffisamment sa dynamique, augmentant le risque à moyen terme.

Quoi qu'il en soit, une erreur (fatale) de gouvernance dans le pilotage de ces deux impératifs constitue donc bien le risque principal.

 

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