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Budget USA : un jeu dangereux

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°736

Banques / Assurances : la concurrence s’intensifie

Après l’accord budgétaire trouvé in extremis vendredi 8 avril aux États-Unis, le soulagement a été général. Le jeu politique menaçait en effet de conduire à une paralysie de l’Administration : les soldats en Afghanistan auraient cessé d’être payés, les musées et parcs nationaux auraient fermé leurs portes, des passeports n’auraient pu être été délivrés… Heureusement, le Congrès a fini par trouver un compromis qui, si l’on en croit le Président Obama, « ​en vaut la peine ».

Ce compromis est loin toutefois d’être neutre pour la croissance. Les Démocrates sont certes parvenus à éviter une réduction des dépenses fédérales consacrées au planning familial et la baisse des dépenses arrêtée – 38,5 milliards de dollars, soit 0,25 ​point de PIB ​– peut sembler relativement modeste. La réduction est néanmoins de 78,5 milliards de dollars par rapport au Budget proposé par Obama. De plus, l’effet de la restriction sera concentré sur la seconde partie de l’année fiscale ​2011 (les mois d’avril à septembre), alors que l’envolée des prix de l’essence vient déjà de freiner l’activité.

Surtout, le débat budgétaire n’est pas clos. Dans les semaines qui viennent, le plafond de la dette va devoir être relevé et, cette fois, l’enjeu pour les marchés financiers est de taille : faute d’accord, les États-Unis peuvent, en théorie, être amenés à faire défaut sur leur dette. Bien sûr, la probabilité que l’on en arrive là est très faible : ni les Républicains ni les Démocrates n’y ont intérêt. Depuis quelques mois toutefois, le débat politique s’est radicalisé et la tentation d’une frange au moins des Républicains d’utiliser le plafond de la dette comme « levier » pour remettre en cause la politique de santé ou le droit à l’avortement est grande. In extremis, Démocrates et Républicains devraient, une fois encore, finir par trouver un accord. Mais si le jeu politique auquel vient de se livrer le Congrès continue, l’indifférence actuelle des marchés obligataires à l’égard de l’endettement public américain pourrait finir par laisser place, sinon à une véritable défiance, du moins à une certaine inquiétude.

 

Article achevé de rédiger le 14 avril, soit avant que S&P ne place la dette US sous « perspective négative ».

 

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