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L'avenir de la zone euro, entre la BCE et le Bundestag

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°742

Numéro double : Rétrospective 2011- Prospective 2012

Le sommet du 26 octobre dernier a-t-il doté la zone euro d’instruments lui permettant de maîtriser la crise de la dette ? On peut en douter ! D’abord, les mécanismes utilisés pour accroître la puissance de feu du Fonds européen de stabilité financière (FESF) restent flous. Surtout, pour enrayer la contagion, un instrument puissant ne suffit pas ; il faut aussi qu’il soit opérationnel et souple d’utilisation. Or, sur ce point, les avancées depuis le dernier sommet s’apparenteraient plutôt… à un recul. Pour permettre au FESF d’agir plus rapidement, le Parlement allemand avait en effet autorisé une Commission réduite à décider pour lui. La Cour constitutionnelle allemande vient de l’interdire, dans la mesure où ces décisions mettraient en risque l’argent des contribuables.

Au lendemain du 14e sommet européen de crise en 21 mois, la Banque Centrale est ainsi toujours la seule institution à disposer des ressources et de la flexibilité nécessaires pour intervenir sur les marchés. Se priver de son appui serait dangereux. Le Bundestag vient pourtant de voter une motion demandant à la BCE de cesser ses achats sur le marché secondaire dès que le nouveau FESF sera en état de le faire. Cette motion n’a – heureusement ! – pas de pouvoir contraignant. Elle n’en est pas moins symptomatique du malaise suscité outre-Rhin par les interventions de la banque centrale. Ne vient-elle pas s’ajouter à la démission d’Axel Weber de la présidence de la Bundesbank, en février dernier, puis à celle de Jürgen Stark, chef économiste de la BCE, en août ?

Au cours des prochains mois, le débat sur ce point a toutes les chances de rester vif et la capacité de Mario Draghi à convaincre le Conseil des gouverneurs de poursuivre le programme d’achat d'obligations sera essentielle. Pour « légitimer » l’audace de la BCE, un économiste américain, Brad Delong, rappelait qu’au XIXe siècle, la Banque d’Angleterre avait à trois reprises au moins enfreint la règle – elle aussi pourtant inscrite dans le marbre – lui interdisant de battre monnaie pour acheter des actifs indûment dépréciés. Toutefois, à chaque reprise, le ministre des Finances avait pris la responsabilité de lever l’interdiction, puis d’en informer – a posteriori – le Parlement. Disposer d’un ministre des Finances de l'Union, comme l’avait suggéré Jean-Claude Trichet en juin dernier, est peut-être plus urgent qu’il n’y paraît.

 

 

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