Commission Juncker

Un Lord pour réconcilier Bruxelles et Londres

Jonathan Hill lors de son audition devant le Parlement européen

L'auteur

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°777

Les dérivés : enfin sous contrôle ?

Le nouveau commissaire européen en charge des services financiers sera bien britannique. Le Parlement a finalement approuvé la nomination de Jonathan Hill, malgré le vent de contestation d’une partie des députés qui a souhaité l’auditionner deux fois et exigé une réponse écrite à 23 questions. Dans le collimateur des élus, le manque de technicité de Lord Hill sur les grands dossiers financiers et sa carrière passée dans le privé, notamment comme associé fondateur d’un cabinet de communication stratégique ayant notamment comme clients des institutions financières. « En plus des 1700 lobbyistes déjà actifs à Bruxelles pour défendre les banques de la City et de l’Europe, ils bénéficieraient désormais d’un nouveau soutien en la personne d’un commissaire européen », s’émouvait avant le vote le député vert Sven Giegold. « La Commission a très justement établi une règle interdisant de travailler dans un secteur pour lequel on a assumé des responsabilités dans les 18 mois après avoir quitté son poste. Cela fait trois fois plus de temps que j’ai quitté Quiller », s’est défendu Jonathan Hill.

Reste que la nomination d’un Britannique à un poste qui l’amènera à chapeauter la mise en place de l’Union bancaire – que le Royaume-Uni ne veut en aucun cas rejoindre – pose question. « Je pense que c’est une bonne chose d’avoir nommé un Britannique pour ce poste, estime toutefois Karel Lannoo, directeur du think tank européen CEPS. C’est important pour maintenir l’unité du marché intérieur dans le domaine bancaire. » Un ancien eurodéputé assure également qu’« il n’est pas le plus eurosceptique des Britanniques ». Lord Hill, un atout pour les banquiers français ? « C’est une personne posée qui estime que, si une réglementation n’est pas nécessaire, alors il ne faut pas la faire. Mais un tel discours passe mal devant des eurodéputés qui ont besoin qu’on légifère pour faire entendre leur voix. C’est comme annoncer dans une église que l’on ne pratiquera pas la prière ! », sourit un banquier français proche de Bruxelles. Avant de concéder : « nous aurons tout de même du travail : il faudra lui expliquer qu’il y a des places financières autres que Londres ! ». Le fait est que l’agenda réglementaire du nouveau commissaire sera plus léger que celui de son prédécesseur, Michel Barnier (lire Encadré). La priorité sera en effet à la mise en application de la vague de directives et règlements actés par le Français ces cinq dernières années : il devra assurer le suivi des actes délégués, standards techniques et autres textes de « niveau 2 » de ces réglementations, ainsi que leur évaluation.

À la différence de Michel Barnier qui était en chargé du marché intérieur de manière générale, le portefeuille de Jonathan Hill sera clairement circonscrit à la sphère financière. « Il se voit en particulier clairement assigné le thème de la stabilité financière, qui n’était auparavant pas clairement attribué et sur lequel travaillaient Michel Barnier et Olli Rehn », précise Karel Lannoo. Il rapportera à deux vice-présidents, suivant la nouvelle organisation de la Commission voulue par Jean-Claude Juncker : le Letton Valdis Dombrovskis pour l’euro et le dialogue social, et le Finlandais Jyrki Katainen pour l’emploi, la croissance, l’investissement et la compétitivité. Jonathan Hill perd en revanche le sujet des bonus, qui revient à la commissaire à la justice, Vĕra Jourová. Un jeu de portefeuille qui n’aurait officiellement rien à voir avec sa nationalité. C’est pourtant bien le Royaume-Uni qui a déposé un recours auprès de la Cour européenne de justice contre le plafonnement des bonus par la CRD4…

 

Articles du(des) même(s) auteur(s)

Sur le même sujet