Ratio de liquidité du Comité de Bâle : vers plus de réalisme

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Revue Banque n°757

Supervision européenne : intégration ou complexification ?

Il aura fallu deux ans au Comité de Bâle pour prendre en compte les nombreuses critiques adressées à son ratio de liquidité à 1 mois, le LCR. « Ce nouveau standard de liquidité n’entravera d’aucune manière la capacité du système bancaire mondial à financer la reprise », a assuré Mervyn King, gouverneur de la Banque d’Angleterre et président du GHOS [1]. Le nouveau mode de calcul a effectivement été salué comme étant plus réaliste, notamment par la Commission européenne et la BCE. Selon un calcul du Comité de Bâle, les principales banques mondiales verraient leur ratio passer de 105 % en moyenne, sous les anciennes règles, à 125 %. Des chiffres qui cachent de très importantes disparités, prévient toutefois le Comité.

Les révisions ont porté à la fois sur le numérateur du ratio (le coussin d’actifs liquides) et sur son dénominateur (les sorties nettes de cash en cas de crise). En particulier, certaines actions suffisamment bien notées sont désormais autorisées dans le coussin, tout en étant soumises à d’importantes décotes. Très attendue par le marché, la titrisation fait également son entrée dans ce buffer, mais sous de strictes conditions : seuls sont acceptés les titres adossés à des créances hypothécaires de bonne qualité, non émis par la banque et respectant des règles de prévention de l’aléa moral. Pas de produits toxiques nourris aux subprime donc… Surtout, ces nouvelles classes d’actifs ne pourront pas représenter plus de 15 % du total du coussin. Soucieux de son image de régulateur responsable, le Comité de Bâle a par ailleurs rappelé que ce buffer était conçu pour être utilisé en temps de crise : « il n’est pas nécessaire de rajouter un coussin sur le coussin », a insisté Mervyn King.

Les hypothèses de fuites des ressources en période de stress ont été significativement adoucies. 60 % des dépôts d’entreprises sont supposés rester au bilan des banques, contre 25 % auparavant. Quant aux lignes de liquidité interbancaires, elles sont aujourd’hui considérées comme stables à 60 %, alors qu’elles étaient censées fuir intégralement sous les précédentes hypothèses. Pas sûr toutefois que cet assouplissement suffise à relancer le marché interbancaire : « le principal obstacle à sa reprise est la défiance persistante et structurelle entre acteurs de la zone euro », prévient la BCE.

Le Comité a enfin décidé d’échelonner l’entrée en vigueur du LCR : en 2015, les banques n’auront qu’à satisfaire un ratio de 60 %, l’objectif final de 100 % n’étant demandé que pour 2019. On peut toutefois douter que les marchés accepteront tout relâchement des efforts des banques en matière de liquidité. Surtout, sachant qu’une majorité des banques est déjà très au-delà de 100 %, on peut s’interroger sur la pertinence de la décision. « La liquidité des banques est aujourd’hui gonflée par leurs réserves très importantes en banque centrale. Mais cette situation n’est pas vouée à perdurer », a précisé Mervyn King. Le délai accordé sera donc vraisemblablement nécessaire, même aux bons élèves, pour se constituer un coussin de liquidité sans l’aide des banques centrales. Le débat sur l’articulation de l’action de ces dernières avec le LCR n’est d’ailleurs pas terminé. Le Comité a indiqué poursuivre son travail en la matière, tout en rappelant le principe de base : le ratio doit faire en sorte que les banques centrales ne soient pas considérées comme des « prêteurs en premier ressort ». Les espoirs, caressés par certains banquiers français, que le périmètre des actifs du coussin rejoigne celui des actifs éligibles en banque centrale semblent donc assez illusoires.

[1] Group of Gouvernors and Heads of Supervision, auquel rapporte le Comité de Bâle.

 

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