Risque bancaire

Le PGE, et après ?

À la veille du couvre-feu, le ministre de l'Économie a prolongé le dispositif de six mois du prêt garanti par l’Etat et demandé aux banques un report des échéances des emprunteurs.

Le PGE, et après ?

L'auteur

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°849

Coût du risque : Une augmentation sous l’emprise d’IFRS 9

Tout en annonçant, à la veille du couvre-feu, une prolongation de six mois de l’accès au prêt garanti par l’Etat jusqu'au 30 juin 2021, Bruno Le Maire a demandé à la FBF « d’examiner un report du remboursement de ces prêts d’une année supplémentaire pour les entreprises qui en ont réellement besoin ». Demande exaucée en partie : le différé sera accordé au cas par cas. Début octobre 2020, près de 122 milliards d'euros avaient été octroyés au titre du PGE par les banques, sur une enveloppe de 300 milliards d’euros.

Moins de faillites jusqu’à présent

Le PGE semble avoir largement tenu son rôle de ballon d’oxygène de liquidité. Selon les chiffres de la Banque de France, le nombre de défaillances d’entreprises sur un an n’a pas bondi, mais il a même diminué de 28,1 % en août 2020. « Le PGE a donné confiance au système financier au moment où plus personne n’en avait envie, analyse Olivier Goy, fondateur et PDG de la plate-forme de prêts October. Il a évité que la machine se grippe brutalement et aidé les entreprises à passer le cap de la chute du chiffre d’affaires. » Jusqu’à l’effet d’aubaine parfois … Prévu pour sécuriser la trésorerie des PME affectées par deux mois d’inactivité, 60 % des entreprises n’avaient toujours pas utilisé le leur en septembre, selon Bpifrance. « Il est un peu tôt pour savoir si elles l’utiliseront, car la conjoncture reste encore hautement incertaine », rappelle Olivier Goy.

Mais selon les autorités financières, ce succès quasi populaire pourrait réserver des lendemains difficiles, pour les entreprises comme pour les banques. Selon la Banque de France, la baisse des défaillances en 2020 n'indiquerait pas une réduction du nombre d'entreprises en difficulté, mais « l'impact qu'a eu la période de confinement sur le fonctionnement des juridictions commerciales ». Tout en signalant un taux de prêts non performants à son plus bas niveau historique (3,4%) fin 2019, l’ACPR [1] anticipe une inversion de cette tendance, dans un contexte de « dégradation de la situation économique liée à la crise sanitaire ». La Banque des règlements internationaux, enfin, table sur une augmentation moyenne du nombre de faillites de 20 % d’ici 2021.

Bercy parie sur une faible sinistralité en 2021

Le gouvernement français semble pourtant avoir toute confiance dans la capacité des entreprises à rembourser leurs nouveaux crédits. Dans le projet de loi de finance pour 2021, les dépenses budgétaires liées aux garanties accordées dans le cadre des PGE sont estimées à 1,3 milliards d’euros en 2021. Soit une sinistralité d’environ 1 % seulement sur un an. Ce type de prêt ne présente pas un risque important pour les banques, estime Hubert de La Bruslerie, professeur à Université Paris-Dauphine, pour qui la garantie d’État est « une forme de nationalisation partielle du risque bancaire » : « Avec la garantie de 90% par l’État, les banques en ont profité pour diminuer leurs risques sur les crédits de trésorerie et pour sécuriser leurs actifs.»

 

[1] « Chiffres du marché français de la banque et de l’assurance 2019», Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, 13 octobre 2020

 

Articles du(des) même(s) auteur(s)

Sur le même sujet